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Carolle Dubé quittera son poste à l’APTS: regard sur un réseau ébranlé

Carolle Dubé quittera son poste à l’APTS: regard sur un réseau ébranlé
Photo: Mario Beauregard / MétroCarolle Dubé, présidente de l'ATPS.

MONTRÉAL — Elle aura beau avoir complété 29 années de militantisme syndical dans le secteur public, la présidente de l’APTS, Carolle Dubé, qui partira bientôt à la retraite, reste relativement optimiste pour la prochaine négociation du secteur public.

Le gouvernement Legault semble vouloir faire les choses différemment et a plus d’écoute que le précédent gouvernement libéral, a affirmé Mme Dubé, dans une entrevue avec La Presse canadienne.

Technicienne en électrophysiologie médicale de formation, Carolle Dubé passera le flambeau en novembre, lors du congrès de l’Alliance du personnel professionnel et technique dans la santé et les services sociaux (APTS).

Mme Dubé partira alors que son organisation syndicale de travailleuses sociales, techniciennes en laboratoire, psychologues et autres est à son sommet, avec 55 000 membres. Aussi, l’APTS vient de faire alliance avec la grande organisation syndicale d’infirmières et infirmières auxiliaires, la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), pour la prochaine négociation du secteur public.

Il y a de l’argent

La présidente de l’APTS se montre relativement confiante pour la prochaine négociation du secteur public. «Je suis plus optimiste pour la prochaine ronde de négociation que pour la dernière, parce qu’il y a de l’argent actuellement au gouvernement — parce qu’ils ont tellement compressé et qu’ils l’ont un peu accumulé sur notre dos — mais il y a quand même de l’argent», a-t-elle relevé.

«C’est un gouvernement qui fait les choses différemment de ce qu’on a connu. Est-ce que ce sera entièrement positif? C’est difficile pour moi d’y répondre aujourd’hui, parce que ça va être quand même la première fois que la CAQ va faire une négociation dans le secteur public. Mais jusqu’à ce jour, on sent quand même qu’ils font les choses différemment. Ils sont beaucoup plus à l’écoute que les libéraux l’ont été dans le temps de M. (Philippe) Couillard et de M. (Gaétan) Barrette. Et je suis une éternelle optimiste», a lancé Mme Dubé.

Elle n’a toutefois pas apprécié que François Legault tente de «diviser les gens» lorsqu’il a affirmé, le 13 septembre, que les employés de l’État ne devraient pas espérer des hausses salariales supérieures à l’inflation, sauf quelques exceptions, comme les préposés aux bénéficiaires — où il y a pénurie — et les enseignants au bas de leur échelle salariale.

«Nos gens vivent pas mal tous les mêmes problèmes, alors quand tu commences à privilégier un groupe, parce que ce groupe-là est plus présent dans l’espace public, c’est un peu démotivant pour tous les autres», a objecté Mme Dubé.

«C’est un mauvais message, quand on n’a même pas commencé la négociation.»

Réseau ébranlé

Pour ce qui est du réseau de la santé et des services sociaux, elle hésite à faire un pronostic pour l’avenir, car celui-ci a été ébranlé par les nombreuses réformes: Optilab (fusions des laboratoires), fusions d’établissements, difficultés dans les centres jeunesse, le tout dans un contexte de restrictions budgétaires et d’alourdissement de la clientèle.

Il faut stabiliser les équipes et les postes, réduire la charge de travail, améliorer non seulement les conditions de salaire, mais aussi les conditions de pratique, insiste Mme Dubé. «Il y a beaucoup de travail à faire et ça ne va pas se régler rapidement.»

Bilan

Traçant un bilan de ses 29 années de militantisme, Mme Dubé se dit particulièrement fière de sa victoire pour l’équité salariale, pour laquelle elle s’est battue jusqu’en Cour suprême. «Ça a obligé le gouvernement à changer la loi. On a mené vraiment de belles batailles à l’APTS — avec d’autres organisations, mais on a été souvent l’organisation qui a poussé beaucoup, beaucoup dans ces dossiers-là.» 

Ce qu’elle a trouvé le plus difficile? Les négociations du secteur public, justement. Celles-ci durent parfois deux ans. Et les membres ont énormément d’attentes, parce que les conditions de pratique sont devenues plus difficiles, au point d’avoir peine à retenir le personnel en poste, parfois. Et ceux qui restent sont surchargés de travail, éprouvent de la détresse, s’épuisent.

Lia Lévesque, La Presse canadienne