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Une nouvelle technique d’amygdalectomie arrive au Québec

Une nouvelle technique d’amygdalectomie arrive au Québec
Photo: Larry Crowe/La Presse Canadienne/AP

MONTRÉAL — Une nouvelle technique d’ablation des amygdales est maintenant offerte aux petits patients du Québec.

L’amygdalectomie intracapsulaire serait plus sécuritaire et permettrait un temps de récupération plus court que les amygdalectomies traditionnelles.

«C’est une technique de coblation intracapsulaire. On enlève l’amygdale sans toucher à la capsule, qui est l’enveloppe qui protège l’amygdale, ou au muscle autour de l’amygdale, a expliqué le docteur Sam Daniel, le directeur de l’otolaryngologie pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants. C’est ce qui explique la différence avec l’ancienne technique, qu’on appelait technique extracapsulaire (…) et qui occasionnait des dommages collatéraux au niveau de la douleur et des saignements plus abondants.»

En d’autres mots, la nouvelle technique permet de retirer uniquement l’amygdale sans toucher aux structures voisines, ce qui réduit le risque de complications et d’effets secondaires indésirables.

L’outil utilisé pour procéder à l’amygdalectomie a aussi l’avantage de ne pas chauffer le tissu, donc la température du tissu demeure plus basse qu’avec la technique traditionnelle de «l’électrocutter», a-t-il ajouté.

Plus précisément, avec la technique la plus répandue actuellement au Québec, au Canada et aux États-Unis, la température du tissu avoisinant peut monter jusqu’à 500 ou 600 degrés Celsius, alors qu’avec la coblation la température du tissu est entre 40 et 75 degrés Celsius, a dit le docteur Daniel.

La technique de la coblation existe depuis quelques années déjà, mais le coût en a freiné l’adoption.

«Une sonde de coblation coûte 250 $, c’est une sonde par patient et on parle de 10 000 amygdalectomies au Québec par année, donc les coûts s’accumulent. Pour l’électrocutter, on parle de 25 $, donc c’est dix fois le coût», a-t-il révélé.

Le docteur Daniel et ses collègues se sont donc tournés vers la Fondation de l’Hôpital de Montréal pour enfants, qui a accepté de financer l’achat de 400 sondes qui seront utilisées non seulement dans cet établissement, mais aussi dans des hôpitaux de Repentigny, de Gatineau et de Québec.

Rien de banal

Une amygdalectomie n’a rien de banal.

Cinq enfants sont décédés au Québec depuis 2002, des suites de cette intervention.

De plus, jusqu’à 20 pour cent des enfants reviennent à l’hôpital dans le mois qui suit leur opération, que ce soit pour des saignements, de la déshydratation, de la difficulté à manger ou encore de la douleur qui n’est pas contrôlée.

«La douleur est un enjeu qui passe souvent sous le radar (,..) mais on sait que c’est un enjeu majeur chez les enfants, ça a des répercussions traumatiques à long terme dans la vie d’un enfant», a prévenu le docteur Daniel.

Le projet pilote qui est mené dans quatre centres permettra de colliger des données très précises concernant cette nouvelle intervention, notamment en ce qui concerne la douleur, la médication et les hémorragies. Certains éléments dans la littérature scientifique préviennent aussi que les amygdales peuvent repousser dans moins de 5 pour cent des cas, ce qui nécessite une nouvelle intervention.

Quoi qu’il en soit, dit le docteur Daniel, «on n’aurait pas embarqué là-dedans si nous n’avions pas la conviction très profonde que c’est là qu’il faut aller et que les coûts en valent la peine. On pense que c’est là qu’il faut aller et il faut changer la culture».

Au-delà des bienfaits pour la santé des petits patients, il croit que le gouvernement réalisera des économies si on tient compte des coûts engendrés par les retours à l’urgence, les hospitalisations dans un contexte de pénurie de lits, la douleur, la mortalité, les hémorragies, les médicaments qui sont couverts pour la douleur et la perte de travail pour les familles.

«Avec tout ça, nous sommes convaincus que nous allons entrer amplement dans notre budget», a-t-il conclu.

Jean-Benoit Legault, La Presse canadienne