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Jour 34: Trudeau attaque à sa gauche, Scheer voit la coalition comme une menace

Jour 34: Trudeau attaque à sa gauche, Scheer voit la coalition comme une menace
Photo: Dave Chan/Getty ImagesJustin Trudeau

OTTAWA — À une semaine du vote, les libéraux se retrouvent à attaquer à leur gauche tandis que les conservateurs brandissent la perspective d’une coalition libérale-néo-démocrate comme une menace. Et les néo-démocrates qui avaient évoqué cette possible coalition ne veulent plus en parler.

C’est Justin Trudeau qui a ouvert les hostilités lundi matin, à Windsor. Selon lui, un vote pour les néo-démocrates ou les bloquistes ne réussirait pas à empêcher les conservateurs de mettre en oeuvre un plan d’austérité.

«J’étais là, a-t-il dit, pendant presque 10 ans de gouvernement Harper qui, malgré toute la lutte féroce de l’opposition, a continué à couper.» 

En après-midi, à London, l’un de ses nombreux arrêts dans le sud de l’Ontario lundi, le chef libéral avait peaufiné sa ligne: «Nous avons besoin d’un gouvernement progressiste, pas d’une opposition progressiste.»

D’Alma, la réponse d’Yves-François Blanchet ne s’est pas fait attendre.

«Je rappelle à M. Trudeau (…), en 2008, c’est vous autres qui avez permis aux conservateurs (…) de couper dans les arts et la culture du Québec. Le Bloc a voté contre le budget. Les libéraux se sont abstenus», a noté le chef bloquiste.

«L’objectif de M. Trudeau est très clair, c’est seulement de garder le pouvoir», a estimé de son côté le chef néo-démocrate Jagmeet Singh, en campagne à Vancouver.

La coalition

M. Trudeau a esquivé toutes les questions sur un possible gouvernement de coalition réunissant libéraux et néo-démocrates.

«Nous travaillons fort pour élire un gouvernement progressiste», a-t-il répété à plusieurs reprises alors que les journalistes lui soumettaient la même question en plusieurs versions.

On a assisté au même exercice chez M. Singh. Plus question d’évoquer une possible coalition.

«Pour moi, ce n’est pas une question de coalition. (…) On a vu déjà ce que les conservateurs font, ils coupent les services et ça rend la vie plus difficile pour les gens. (…) Les libéraux, (…) ils flashent à gauche maintenant pendant la campagne électorale et (quand) ils sont au gouvernement, ils tournent à droite», s’est contenté d’arguer le chef néo-démocrate, répétant qu’il fallait voter pour son parti.

«Je ne négocie pas l’avenir aujourd’hui», a-t-il fini par répondre à la énième question sur les scénarios possibles de coalition.

De passage à Winnipeg, le chef conservateur Andrew Scheer a soutenu qu’une coalition des libéraux et des néo-démocrates «va coûter plus cher aux Canadiens, va augmenter les impôts, va tuer les emplois et rendre la vie plus chère».

M. Scheer a rejeté l’idée de négocier avec le Bloc québécois même si les deux partis promettent de mettre en oeuvre certaines demandes du premier ministre François Legault, comme une déclaration de revenus unique gérée par Québec ou plus de pouvoirs en immigration.

«Je n’ai pas besoin du Bloc québécois pour livrer des résultats pour le Québec», a martelé le chef conservateur.

M. Scheer a aussi promis, s’il est élu, une mise à jour économique dans les 45 jours suivant l’assermentation de son cabinet. Il compte y présenter quatre crédits d’impôt — pour les rénovations vertes, pour les activités sportives et culturelles des enfants, et pour le transport collectif — qui seraient mis en vigueur dès le 1er janvier 2020.

Scène internationale

Par ailleurs, le chef bloquiste a exhorté M. Trudeau, en sa qualité de premier ministre, à dénoncer la décision de la Cour suprême espagnole de condamner des indépendantistes catalans à la prison.

«L’emprisonnement est clairement une mesure totalement inappropriée et gravement exagérée», a dénoncé M. Blanchet.

M. Trudeau n’a pas voulu le suivre sur ce terrain. «C’est une affaire interne, espagnole, et je n’aurai pas de commentaires à faire», a-t-il déclaré.

Il n’a toutefois pas hésité à parler de ce que subissent les Kurdes dans le nord de la Syrie.

«Nous condamnons fortement l’incursion de la Turquie en Syrie. Nous sommes, comme nos alliés et partenaires à l’international, extrêmement préoccupés par cette situation», a-t-il dit.

Lina Dib, La Presse canadienne