National
10:12 13 novembre 2019

Fuite de données chez Desjardins: Québec fait volte-face et tient une commission

Fuite de données chez Desjardins: Québec fait volte-face et tient une commission
Photo: Josie Desmarais/ Métro

QUÉBEC — Le gouvernement Legault fait volte-face et accepte finalement de tenir une commission parlementaire concernant la fuite de données personnelles chez Desjardins.

Il s’agit d’une demande de longue date des partis d’opposition, qui maintiennent que cette fuite de données n’a rien de banal et mérite d’être étudiée par les parlementaires.

Le 1er novembre dernier, le Mouvement Desjardins a annoncé qu’aucun des quelque 4,2 millions de ses membres particuliers n’a été épargné par l’important vol de données effectué par un employé malveillant du groupe financier coopératif.

À l’origine, en juin, on avait annoncé que les informations personnelles, dont des numéros d’assurance sociale, de 2,7 millions de membres particuliers et 173 000 entreprises avaient été dérobées.

Mercredi, les députés Carlos Leitao, du Parti libéral, Vincent Marissal, de Québec solidaire, ainsi que le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, ont salué la volte-face du gouvernement.

Ils se sont dits étonnés d’apprendre que le gouvernement tiendra finalement une journée de commission parlementaire, le 21 novembre, sur cet incident, après avoir longtemps refusé de le faire.

Récemment, des négociations qui devaient permettre la tenue d’auditions à l’Assemblée nationale en lien avec cette fuite de données se sont soldées par un échec.

«On s’est fait dire un gros non, plate, net, sec, frette ici en commission parlementaire. Il n’y a même pas eu de discussion, c’était non en partant. Là, tout d’un coup, ah c’est bien bien important», a déclaré M. Marissal.

Le gouvernement utilisera finalement une procédure parlementaire plutôt rare pour imposer un mandat circonscrit à la commission. «On a appris que (la fuite) s’est étendue à tous les membres, alors là, le gouvernement prend ses responsabilités», a affirmé le ministre des Finances, Eric Girard.

Pourquoi maintenant? L’opposition s’est risquée sur une hypothèse: le gouvernement, selon elle, tente de faire diversion, après avoir connu la pire semaine de son mandat, en raison du cafouillage dans le dossier du projet de loi sur l’immigration.

L’opposition réclame un exercice élargi

Bien qu’il applaudisse la décision, Vincent Marissal s’insurge contre le mandat «minimaliste» et «un peu cheap» de la commission, qui entendra six groupes: le Mouvement Desjardins, l’Autorité des marchés financiers, Equifax, la Sûreté du Québec, l’Association des banquiers canadiens et l’expert Benoit Dupont, de l’Université de Montréal.

L’opposition proposait une liste beaucoup plus longue, qui incluait notamment Revenu Québec, parce que l’agence a aussi subi une fuite de données personnelles. Le gouvernement Legault leur a opposé une fin de non-recevoir.

«Ça, c’est comme si on faisait une enquête sur le sang contaminé et on n’appelle pas Héma Québec. Revenu Québec, c’est le plus gros collecteur de renseignements personnels au Québec», a rappelé M. Marissal.

Il déplore également que la liste du gouvernement exclut les groupes de défense des consommateurs. «Ce n’est pas Desjardins, la victime. Ce sont les membres de Desjardins qui […] se sont fait voler [leurs] données personnelles.»

Plusieurs experts en matière de cybersécurité et de fraude doivent également être entendus, poursuit le député libéral Carlos Leitao. En mêlée de presse, il a dénoncé les méthodes «cavalières» du leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, qui «veut consulter, mais consulter selon ses propres termes».

«Le Simon Jolin-Barrette 2.0, c’est le même Simon Jolin-Barrette», a-t-il affirmé.

Selon Pascal Bérubé, le gouvernement a perdu «beaucoup de temps» en ne prenant pas le dossier Desjardins «au sérieux». «Les Québécois se sont fait voler leurs données et on ferait un compromis? […] Qu’on entende l’ensemble des acteurs qui sont touchés», a-t-il tonné.

Pas «raisonnables», réplique Legault

Le premier ministre François Legault soutient avoir toujours voulu entendre le Mouvement Desjardins sur ce qui a provoqué la fuite de données personnelles.

Or, les partis d’opposition n’ont pas été «raisonnables» en exigeant une commission élargie, a-t-il affirmé. Au bureau du leader, on prétend avoir dû «sonner la fin de la récréation» en imposant une liste de six intervenants.

«Moi, je pense que l’important, c’est d’écouter Desjardins», a déclaré M. Legault en mêlée de presse, mercredi, en ajoutant que trois de ses ministres travaillent sur des projets de loi pour assurer la protection des données personnelles des Québécois.

Par ailleurs, M. Legault a insisté sur le fait qu’en un an son gouvernement ait accepté davantage de mandats d’initiative que le gouvernement libéral en quatre ans.

Caroline Plante, La Presse canadienne