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UPAC: L’enquête Mâchurer sur les méthodes de financement du PLQ suit son cours

UPAC: L’enquête Mâchurer sur les méthodes de financement du PLQ suit son cours
Photo: La Presse canadienneFrederick Gaudreau

QUÉBEC — Les limiers de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) vont continuer de s’affairer autour de l’interminable enquête Mâchurer portant sur de possibles irrégularités reliées au financement du Parti libéral du Québec (PLQ), mais il demeure impossible de savoir si et quand cette enquête finira par aboutir, dans un sens ou dans l’autre.

Par contre, la direction de l’UPAC a mis un terme récemment à plusieurs autres enquêtes, dont l’enquête Justesse sur des allégations de malversations à la Société immobilière du Québec (SIQ), mais sans qu’on puisse dire lesquelles, ni combien, ni pourquoi.

Voilà ce qui ressort, en substance, de la conférence de presse convoquée mercredi par le nouveau commissaire de l’UPAC, Frédérick Gaudreau, à l’occasion de la publication du rapport annuel du corps policier.

Pressé de questions, M. Gaudreau a admis du bout des lèvres que l’enquête Mâchurer, débutée en 2013, suivait son cours. Il s’est empressé d’ajouter qu’il ne ferait aucun autre commentaire sur le sujet, encore moins sur ses techniques d’enquête, et s’est bien gardé de fixer une échéance pour en arriver à une conclusion.

La confidentialité des dossiers d’enquête est «primordiale», a commenté le commissaire, se décrivant comme un homme «très rigoureux», qui ne fera aucun compromis sur le «contrôle de la qualité» des travaux menés par son équipe.

Seule exception au principe de confidentialité: il dit avoir accepté de rendre publique, la semaine dernière, sa décision de fermer l’enquête Justesse, parce que l’histoire avait été très suivie par les médias. 

Il dit d’ailleurs avoir entrepris depuis un an une opération «contrôle de la qualité», en procédant à une révision complète de toutes les enquêtes en cours.

C’est dans le cadre de ce processus que M. Gaudreau a mis un terme à l’enquête Justesse sur la possible fraude immobilière à la SIQ.  

Malgré des années de travail, Justesse n’a pas passé le test, les éléments de preuve recueillis n’ayant pas été jugés assez solides pour espérer voir des accusations criminelles portées.

«On pourrait considérer qu’il s’agit d’un échec», a admis M. Gaudreau, sans vouloir blâmer l’administration précédente, sous la gouverne de Robert Lafrenière.

L’actuel dirigeant du corps policier s’engage à ce que «les dossiers qu’on soumet au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) soient des dossiers de qualité», qui passeront le test des tribunaux.

«C’est dans cet angle-là que j’ai pris la décision» de court-circuiter Justesse, a commenté M. Gaudreau, qui dirige officiellement l’UPAC depuis seulement un mois, après avoir occupé le poste par intérim depuis octobre 2018.

Le recrutement d’enquêteurs d’expérience demeure pour lui un défi. L’an dernier, il déplorait le fait qu’il manquait une dizaine d’enquêteurs pour répondre aux besoins de l’équipe. Aujourd’hui, il en manque toujours une dizaine.

Pendant ce temps, le nombre de signalements est en chute libre, ayant diminué de moitié en cinq ans, une situation «préoccupante», selon M. Gaudreau.

Le commissaire s’est dit conscient que l’UPAC avait un déficit de crédibilité dans la population, à la suite de plusieurs ratés, des guerres de clans, des fuites dans les médias et de nombreux départs, et il a dit vouloir changer cette image.

«On a beaucoup de travail à faire pour rétablir la confiance du public», une tâche à laquelle il va s’atteler au cours des prochaines années.  

Mercredi, en mêlée de presse, le premier ministre François Legault n’a pas caché sa frustration. «Tous les Québécois sont frustrés, choqués», par le secret qui entoure les décisions de l’UPAC, comme celle de mettre un terme à Justesse sans fournir d’explications.

Le premier ministre a demandé à l’UPAC de révéler les raisons de cette fin abrupte sans accusations, mais il restera sur sa faim, car les explications détaillées ne viendront pas.

Jocelyne Richer, La Presse canadienne