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Singh se dit prêt à voter contre le discours du Trône si des enjeux sont ignorés

Singh se dit prêt à voter contre le discours du Trône si des enjeux sont ignorés
Photo: Sean Kilpatrick/La Presse canadienneJagmeet Singh

OTTAWA — Le chef du NPD, Jagmeet Singh, se dit prêt à voter contre le discours du Trône du gouvernement de Justin Trudeau si les principales demandes de son parti ne figurent pas dans le programme des libéraux.

Jagmeet Singh rencontrera le premier ministre Justin Trudeau jeudi et il compte utiliser la position de son parti au sein d’un Parlement minoritaire pour obtenir des politiques et des lois qui reflètent les engagements de la plateforme néo-démocrate.

Alors qu’il s’exprimait mercredi sur la colline du Parlement, M. Singh a déclaré qu’il avait trois priorités qu’il espérait voir figurer dans le discours du Trône des libéraux, qui sera prononcé à la reprise de la législature le 5 décembre.

La première demande du NPD sera l’appui des libéraux à la création immédiate d’un programme national d’assurance-médicaments universel.

«Cela signifie d’avoir une chronologie, un cadre, cela signifie qu’il faut s’assurer que des étapes claires soient indiquées dans le discours du Trône», a déclaré M. Singh.

«Nous savons que les gens s’inquiètent pour les soins de santé. C’est quelque chose qui unirait les Canadiens de tout le pays.»

Jagmeet Singh a également indiqué qu’il voulait voir une «ouverture» de la part des libéraux concernant la couverture des soins dentaires publics.

Il demandera également à Justin Trudeau de renoncer à la contestation judiciaire du gouvernement concernant une récente décision du Tribunal canadien des droits de la personne qui ordonne à Ottawa de verser 40 000 $ en compensation à chaque enfant autochtone placé à tort dans des familles d’accueil après 2007, ainsi qu’à leurs parents ou grands-parents.

Le chef néo-démocrate a déclaré qu’il n’imposerait pas d’ultimatums, mais que son parti serait prêt à voter contre le discours du Trône — le premier vote de confiance que le gouvernement minoritaire de Justin Trudeau devra gagner pour conserver le pouvoir — si le premier ministre ignore les demandes du NPD.

«Je garde l’esprit ouvert et je ne tracerai pas de ligne dans le sable, mais je tiens à préciser que je suis prêt à voter contre, notre parti est disposé à voter contre, si cela ne reflète pas les choses importantes que les Canadiens nous ont demandé de faire.»

Le NPD a été réduit à la quatrième place à la Chambre des communes, derrière les libéraux, les conservateurs et le Bloc québécois, après avoir remporté 24 sièges aux récentes élections, comparativement aux 39 sièges que le parti détenait avant la campagne.

Un certain optimisme

Malgré ces pertes, des membres du parti et du caucus ont célébré le soir des élections et ils considèrent avec optimisme pour le NPD la prochaine relance des travaux du Parlement.

Peter Julian, qui a été réélu, fait référence aux gouvernements minoritaires précédents qui ont vu le NPD négocier des initiatives progressistes, telles que l’assurance-maladie universelle et le Régime de pensions du Canada.

«Il est beaucoup plus facile de faire avancer les choses dans un Parlement minoritaire, comme le prouve historiquement les Parlements minoritaires, que dans un Parlement majoritaire où le (bureau du premier ministre) décide de tout et prend souvent des décisions dans le seul intérêt des lobbyistes plutôt que dans l’intérêt des Canadiens », at-il résumé.

«Dans le cas présent, travailler avec nous n’est pas seulement une approche politiquement intelligente, c’est aussi dans l’intérêt des Canadiens.»

Justin Trudeau a rencontré tous les chefs de partis fédéraux et un certain nombre de premiers ministres au cours de la semaine dernière, écoutant une liste exhaustive de demandes provenant de dirigeants qui bombent leurs torses face aux libéraux affaiblis.

Les dirigeants de l’opposition veulent que Justin Trudeau s’engage à mettre de l’avant certaines politiques en échange d’un soutien pour maintenir son gouvernement minoritaire en vie.

Justin Trudeau a refusé de créer une coalition officielle avec d’autres partis, mais il a indiqué sa volonté de travailler avec les partis au cas par cas.

En ce qui concerne les priorités de Jagmeet Singh, la plateforme libérale mentionne une augmentation de 6 milliards de dollars des transferts provinciaux en santé pour les cinq prochaines années et cette somme comprend la mise sur pied d’un régime national d’assurance-médicaments.

Mais selon Jagmeet Singh, cet engagement n’est pas suffisant, malgré les critiques des libéraux selon lesquelles les demandes du NPD sont irréalistes.

Le groupe consultatif sur l’assurance-médicaments, mis sur pied par les libéraux au cours de la dernière législature, avait estimé que l’assurance-médicaments complète coûterait au moins 15 milliards de dollars par an. La plateforme de Jagmeet Singh a estimé le prix à 11 milliards de dollars d’ici 2023-2024.

«Ouverture» sur les soins dentaires

En ce qui concerne les soins dentaires, Jagmeet Singh semble offrir plus de marge de manœuvre aux libéraux. Au cours de la campagne, les discours quotidiens du chef du NPD ont fortement mis l’accent sur sa promesse d’étendre la couverture complète des soins dentaires aux ménages qui gagnent moins de 70 000 $ par an.

Mercredi, il a déclaré qu’il chercherait une «ouverture» des libéraux pour aider les Canadiens aux prises avec les coûts des soins dentaires.

À l’inverse, le chef du NPD a expressément demandé au gouvernement de renoncer à son appel dans le dossier de la protection de l’enfance. Cela pourrait s’avérer plus difficile à vendre à Justin Trudeau. Le premier ministre estime que l’indemnisation est justifiée, mais que le délai imposé par le Tribunal canadien des droits de la personne est trop serré. Le tribunal a rendu son ordonnance d’indemnisation le 6 septembre, avec une date limite fixée au 10 décembre pour les soumissions sur la manière de traiter l’attribution de cette indemnité de plusieurs milliards de dollars.

Le député du NPD Peter Julian a déclaré qu’il voyait beaucoup de similitudes entre l’approche de Justin Trudeau et celle adoptée par Paul Martin lorsque son gouvernement libéral avait été réduit à une minorité en 2004. À l’époque, Paul Martin avait d’abord essayé de gouverner comme s’il était majoritaire, a déclaré Peter Julian, mais il avait dû revenir sur une série de réductions d’impôts proposées aux entreprises. Il avait aussi dû collaborer avec le chef du NPD d’alors, Jack Layton, pour accroître les dépenses en matière d’éducation postsecondaire, de transport en commun et de logement, a fait valoir Peter Julian.

Peter Julian a déclaré que le NPD était particulièrement bien placé pour collaborer avec les libéraux en raison de leurs idéologies progressistes communes. Il a souligné que les conservateurs et le Bloc québécois avaient «des priorités très à droite» et que même si Justin Trudeau ne voulait pas «jouer à la balle» avec le NPD pour l’instant, cela pourrait très bien changer.

Teresa Wright, La Presse canadienne