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DPJ: Des délais d’attente inacceptables, dénonce la vérificatrice générale

DPJ: Des délais d’attente inacceptables, dénonce la vérificatrice générale
Photo: Jacques Boissinot/La Presse canadienneLa vérificatrice générale, Guylaine Leclerc

QUÉBEC — Le ministre responsable de la protection de la jeunesse (DPJ), Lionel Carmant, se fait taper sur les doigts par la vérificatrice générale, qui lui reproche de ne pas prendre les moyens nécessaires pour s’assurer de l’efficacité des interventions de la DPJ auprès des enfants vulnérables.

Dans son rapport annuel 2019-2020, déposé mercredi à l’Assemblée nationale, la vérificatrice, Guylaine Leclerc, note de nombreuses lacunes dans la gestion des signalements d’enfants en difficulté et dans l’administration du réseau des Directeurs de la protection de la jeunesse.

Elle note par exemple que le délai d’attente entre un signalement et l’application des mesures requises peut atteindre en moyenne 226 jours, dans certaines régions.

Or, plus le délai d’accès aux services pour corriger un problème est long, plus le risque que la situation de l’enfant se détériore augmente, prévient Mme Leclerc, une lacune qualifiée de «fort importante». Le développement de l’enfant pris en charge peut être retardé, voire sa sécurité menacée.

Pendant ce temps, le nombre de signalements ne cesse d’augmenter, si bien que le délai d’attente ne fera que s’accroître encore, si Québec n’intervient pas rapidement pour corriger le tir.

Le nombre de signalements à la DPJ a fait un bond spectaculaire de 27 pour cent depuis 2013, passant de 82 919 à 105 644, en 2019. Les ressources n’ont pas suivi la même tangente.

Chaque jour, au Québec, 289 nouveaux cas d’enfants en difficulté sont signalés, en moyenne.

«Nous avons constaté que les enfants n’ont pas accès rapidement aux services dont ils ont besoin pour corriger une situation problématique qui compromet leur sécurité ou leur développement», a commenté la vérificatrice, en conférence de presse.

Elle rappelle qu’en cette matière délicate, il est tellement «important que le bon geste soit fait au bon moment».

Malgré l’ampleur des lacunes observées, le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, responsable de la protection de la jeunesse, Lionel Carmant, s’est refusé à tout commentaire mercredi. 

La vérificatrice générale déplore par ailleurs le peu d’encadrement offert au réseau par le ministère de la Santé et des Services sociaux, un ministère qui n’est même pas en mesure de dire si oui ou non les DPJ remplissent leur mandat de bien protéger les milliers d’enfants vulnérables placés sous leur responsabilité, faute d’indicateurs crédibles.

Car les données cliniques et administratives sur lesquelles s’appuie le ministère pour évaluer le travail effectué par les DPJ «ne sont pas fiables», juge la vérificatrice, qui a examiné de près la situation dans trois régions, celle de la capitale nationale, la Montérégie et l’Estrie. 

Au quotidien, les DPJ ne sont pas davantage soutenues dans leur tâche par les CISSS et les CIUSSS, desquels elles relèvent directement depuis la réforme de 2015, selon la vérificatrice, qui réclame des normes uniformes de gestion à travers le Québec.

À l’heure actuelle, il n’existe aucune garantie que les ressources distribuées entre les différents bureaux de DPJ sont réparties «en fonction des besoins réels» des enfants, écrit-elle.

Dans certaines régions, notamment en Montérégie et en Estrie, la situation est jugée «préoccupante».

Selon le député solidaire de Rosemont, Vincent Marissal, le gouvernement Legault a déjà en main «tous les moyens» requis pour «redresser la barre rapidement» et il doit le faire, sans attendre la conclusion des travaux de la Commission Laurent, chargée de revoir le fonctionnement des services de protection de la jeunesse.  

Le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, a dit lui aussi que le gouvernement pouvait prendre des moyens à court terme, surtout que les données publiées sont «extrêmement préoccupantes».

Il suggère d’ailleurs que la vérificatrice générale aille témoigner devant la Commission Laurent.

Jocelyne Richer, La Presse canadienne