National
13:05 20 novembre 2019

Le député montréalais Marc Miller accède au conseil des ministres

Le député montréalais Marc Miller accède au conseil des ministres
Photo: Josie Desmarais/MétroMarc Miller

OTTAWA — Le second mandat de Justin Trudeau débute avec plus de Québécois à la table du conseil des ministres. Ils seront 10, sans compter le premier ministre lui-même.

C’est deux de plus qu’avant les élections fédérales d’octobre.

M. Trudeau a distribué les responsabilités dans 36 ministères et il s’est nommé un lieutenant québécois. C’est le Montréalais Pablo Rodriguez qui occupera ce poste en plus de celui de leader parlementaire.

«C’est important d’écouter les gens et les Québécois ont clairement dit que même avec (…) 40 députés, ils voulaient encore avoir une voix plus forte», a déclaré M. Trudeau, mercredi, à sa sortie de la cérémonie d’assermentation lorsqu’on lui a demandé pourquoi il lui fallait à ce second mandat un lieutenant québécois.

Il y a ceux qui gardent leurs postes: David Lametti à la Justice, Marc Garneau aux Transports, Diane Lebouthillier au Revenu national, Marie-Claude Bibeau à l’Agriculture.

Il y a ceux qui prennent du galon. En tête de cette liste, François-Philippe Champagne devient ministre des Affaires étrangères.

Mais, comme lorsqu’on lui avait donné le portefeuille du Commerce international, M. Champagne se voit privé du dossier des relations canado-américaines. C’est Chrystia Freeland, devenue vice-première ministre et ministre des Affaires intergouvernementales, qui continuera à être l’interlocutrice de Washington.

«C’est une sage décision du premier ministre», de l’avis du ministre Champagne qui n’a affiché aucune amertume. «Mme Freeland, on le sait tous, (…) a établi des relations privilégiées avec nos partenaires américains», a-t-il souligné.

Jean-Yves Duclos se voit confier le Conseil du trésor. Pablo Rodriguez devra gérer avec diplomatie les relations parlementaires en devenant leader du gouvernement aux Communes.

«Humilité, collaboration et écoute. Ce sont trois mots que je, et l’ensemble de l’équipe, allons appliquer», a promis M. Rodriguez qui veut avoir «une main tendue» vers les partis d’opposition pour assurer la survie du gouvernement minoritaire.

Mélanie Joly continuera à être ministre des langues officielles mais obtient, en plus, les responsabilités d’un ministère de Développement économique.

«J’aurais été déçue de ne pas faire la modernisation de la loi sur les langues officielles. Ça fait quatre ans que je travaille sur cette question-là, une loi fondamentale pour notre pays», a confié, après la cérémonie, la ministre Joly qui a dit aussi que la création de cette forme de ministère du Développement économique était son idée.

Il y a les deux nouveaux venus.

Marc Miller, élu pour la première fois en 2015, est un ami de longue date du premier ministre. Le député montréalais devient ministre des Services aux Autochtones. Son intérêt pour les Premières Nations — il apprend la langue mohawk — devrait lui être utile.

M. Trudeau a cependant choisi de ne pas puiser dans l’expertise de sa recrue Steven Guilbeault. Celui-ci devient ministre du Patrimoine canadien et non pas ministre de l’Environnement et des Changements climatiques.

C’est le Britanno-Colombien Jonathan Wilkinson qui a hérité du portefeuille de l’Environnement. 

En arrivant à Rideau Hall, M. Guilbeault affichait un énorme sourire. Pourtant cette semaine, ses alliés d’hier ne décoléraient pas.

Les environnementalistes ont dit recevoir comme une gifle cette décision de M. Trudeau de se priver de l’expertise en changements climatiques de M. Guilbeault.

L’environnementaliste Guilbeault qui a fondé Équiterre estime que le ministère du Patrimoine lui va parce qu’il a déjà publié trois livres. «J’ai déjà fait un slam avec Richard Séguin, partagé la scène avec Diane Dufresne», a-t-il ajouté, sans cesser de sourire.

À la sortie, le nouveau ministre du Patrimoine et M. Trudeau ont dû répondre à plusieurs questions sur ce choix.

Le premier ministre a nié avoir craint de soulever la colère de l’Ouest si M. Guilbeault s’était retrouvé en charge de la lutte aux changements climatiques.

«Les décisions que j’ai prises pour assembler ce conseil des ministres extrêmement fort ont été faites par rapport à qui seraient les meilleures personnes pour travailler sur les grands dossiers pour les Canadiens. C’est la seule réflexion que j’ai eue», a-t-il assuré.

Et puis, M. Guilbeault, a insisté le premier ministre, pourra discuter d’environnement à la table du conseil des ministres.

«Je suis très content d’avoir 36 ministres qui vont être très forts sur l’environnement, dont Steven», a-t-il conclu.

Le ministre Guilbeault a puisé dans les métaphores sportives utilisées contre lui cette semaine pour se justifier.

«Je suis un joueur d’équipe. (…) Quand on est dans une équipe, les discussions se font au vestiaire et quand on arrive sur la glace, on joue ensemble», a-t-il dit, insistant que contrairement à ce que ses détracteurs ont dit, il n’est pas relégué aux estrades.

Un effort pour l’unité du pays

M. Trudeau a ressuscité le rôle de vice-premier ministre, disparu après le gouvernement de Paul Martin, pour le confier à Mme Freeland.

La ministre Freeland, aussi en charge des Affaires intergouvernementales, doit tenter de réparer les pots cassés avec les provinces de l’Ouest qui n’ont élu aucun député libéral.

«De pouvoir l’avoir (…) au niveau des affaires intergouvernementales et à mes côtés en tant que vice-première ministre, ça va être bon pour l’unité nationale», a jugé M. Trudeau, alors que Mme Freeland souriait derrière lui.

En plus de nommer un lieutenant québécois, M. Trudeau demande à Jim Carr, l’ancien ministre, d’être son représentant spécial pour les Prairies. M. Carr a reçu un diagnostic de cancer le mois dernier et aspirait à un agenda moins chargé.

«Sa responsabilité va être de nous rapporter la voix des Prairies et d’être notre voix en Saskatchewan, en Alberta et au Manitoba», a expliqué M. Trudeau.

Le Manitobain Dan Vandal, nouveau ministre des Affaires du Nord, est le seul ministre entre l’Ontario et la Colombie-Britannique.

«Nous construisons le conseil des ministres avec les députés qu’on nous envoie à Ottawa», a justifié M. Trudeau.

Lina Dib et Catherine Lévesque, La Presse canadienne