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11:28 21 novembre 2019

Grève au CN: les réserves québécoises de propane épuisées d’ici cinq jours

Grève au CN: les réserves québécoises de propane épuisées d’ici cinq jours
Photo: Jonathan Hayward/La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Le Québec se trouve dans un «état d’urgence» en raison de la grève à la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN), selon le gouvernement Legault, puisque les réserves de propane de la province risquent d’être épuisées d’ici cinq jours.

Jeudi, la pression a continué à s’accentuer sur le gouvernement Trudeau afin qu’il convoque le Parlement avant la reprise prévue le 5 décembre pour légiférer et forcer le retour au travail des 3200 cheminots en grève depuis mardi, ce qui préoccupe de nombreuses entreprises d’un océan à l’autre.

«On utilise à peu près six millions de litres de propane par jour, a expliqué le premier ministre François Legault, en mêlée de presse, à Québec. Nous disposons de réserves de 12 millions de litres. Nous avons commencé à faire des choix. Nous avons (du propane) pour quatre jours, quatre jours et demi.»

Les hôpitaux, garderies et résidences pour personnes âgées qui misent sur le propane pour chauffer ont été priorisés. Cette décision a toutefois des conséquences pour de nombreux éleveurs, qui doivent chauffer des établissements comme des poulaillers, ainsi que pour les agriculteurs pour faire sécher les céréales récoltées.

Même s’il souhaite une entente négociée entre le CN et la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada, M. Legault estime qu’«on ne peut pas exclure d’avoir un projet de loi spéciale» pour forcer un retour au travail. Jeudi, les discussions se poursuivaient entre les deux parties. Ailleurs au pays, le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a abondé dans le même sens.

Au terme d’une première réunion du conseil des ministres à Ottawa, le ministre des Transports, Marc Garneau, ainsi que sa collègue au Travail, Filomena Tassi, ont plutôt incité les deux parties à continuer de négocier.

«On comprend à quel point il est important pour l’économie de notre pays d’avoir un chemin de fer qui fonctionne, a dit M. Garneau, en point de presse. Nous comprenons l’ampleur de ce problème et nous encourageons le CN et les Teamsters à poursuivre les négociations, ce qui est le cas à l’heure actuelle.»

Environ 85 pour cent du propane consommé par le Québec est acheminé par voie ferroviaire, principalement depuis Sarnia, en Ontario, selon la présidente et chef de l’Association canadienne du propane, Nathalie St-Pierre.

«Les camions font la file pendant environ six heures à Sarnia pour obtenir du propane, a-t-elle expliqué au cours d’un entretien téléphonique. L’impact est significatif pour le Québec parce qu’il est difficile d’avoir accès à un approvisionnement en propane autrement que par train.»

En raison de la pénurie, il faudra «choisir entre la vie des poulets dans un poulailler et des récoltes perdues», a déploré la dirigeante de l’Association.

Advenant que l’impasse soit rapidement dénouée entre le CN et les Teamsters, il faudrait «plusieurs jours», voire des semaines, avant que l’approvisionnement en propane puisse revenir à la normale, selon Mme St-Pierre.

Même si la plupart des gens associent le propane au barbecue, cette dernière a rappelé que le gaz est essentiel pour alimenter plusieurs sites miniers, des usines de traitement des eaux ainsi que des tours de télécommunications dans des régions éloignées.

Agriculteurs en détresse

Entre-temps, la situation continue de se compliquer pour de nombreux agriculteurs, qui, après une saison des récoltes difficile en raison des conditions météorologiques, sont incapables de faire sécher leurs grains.

«Mon fournisseur de propane m’a prévenu de ne pas récolter de maïs humide, a indiqué jeudi le président des Céréaliers du Québec, Clément Leblanc, au cours d’une entrevue téléphonique. Il ne peut pas me garantir qu’il va venir me livrer du propane.»

Établi dans la région de Saint-Hyacinthe, M. Leblanc a cessé de récolter dans ses champs, où il reste pour environ 500 000 $ de maïs, puisque les grains ne se conservent que deux ou trois jours sans séchage.

De leur côté, des entreprises de distribution ont signalé à leurs clients, pour la plupart des agriculteurs, que la grève au CN allait les forcer à trouver des solutions de rechange.

«Nos clients doivent s’attendre à une perturbation importante de notre capacité à livrer du propane ainsi qu’à des délais de livraison plus longs dans les jours (et) semaines à venir», a notamment indiqué l’entreprise Capital Propane, située à Québec.

La Coop fédérée et l’Union des producteurs agricoles (UPA) ont déjà publiquement demandé à ce que les gouvernements agissent pour minimiser les conséquences de la grève au CN sur les agriculteurs, qui connaissent une saison des récoltes difficile en raison des conditions météorologiques.

«Cette crise du propane arrive en pleine période de séchage des grains et ne peut être prise à la légère», a fait valoir le président de la Coop fédérée, Ghislain Gervais, par voie de communiqué.

Selon l’UPA, les producteurs céréaliers sont aux prises avec «l’une des récoltes les plus humides depuis des décennies». Les besoins en propane sont plus criants que jamais, puisqu’il faut faire sécher les céréales.

Ce sont des chefs et des agents de train ainsi que les agents de triage du CN qui sont en grève depuis mardi — l’échéancier fixé pour conclure une entente avec la partie patronale.

Sans contrat de travail depuis le 23 juillet, les Teamsters se disent préoccupés par les longues heures de travail, des enjeux entourant la fatigue et ce que le syndicat considère comme des conditions de travail dangereuses.

 

Entreprise dans cette dépêche: (TSX:CNR)

Julien Arsenault, La Presse canadienne