National
15:13 21 novembre 2019

«Autiste, bientôt majeur»: Legault rejette une motion et met le feu aux poudres

«Autiste, bientôt majeur»: Legault rejette une motion et met le feu aux poudres
Photo: Jacques Boissinot/La Presse CanadienneFrançois Legault

QUÉBEC — Le premier ministre François Legault a rejeté jeudi une motion pour se pencher sur le sort des adolescents autistes sous prétexte que l’opposition bloque ses projets de loi en commission parlementaire.

Il infligeait ainsi une deuxième rebuffade en deux semaines à la députée libérale de Westmount—Saint-Louis, Jennifer Maccarone, auteure de la motion et mère de deux enfants autistes.

Cette fois, c’en était trop pour le leader de l’opposition officielle, Marc Tanguay, qui, fait rarissime, a ouvertement défié dans la cohue le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, risquant ainsi de se faire expulser. 

Mme Maccarone avait déjà proposé, sans succès, un mandat d’initiative pour tenir une commission parlementaire sur les services offerts aux personnes autistes, notamment lorsqu’elles atteignent l’âge de la majorité.

Elle a rappelé que les services offerts aux familles d’enfants autistes changent lorsque les enfants atteignent l’âge adulte, même si leur situation, elle, ne change pas.

Jeudi, M. Legault a reconnu qu’«effectivement, rendu à 18 ans, il y a des services qui disparaissent». Ce dossier le «touche beaucoup», a-t-il dit, en se refusant toutefois de tenir une commission parlementaire pour entendre des experts.

Au moment du vote sur la motion, le caucus libéral a encerclé Mme Maccarone, qui était en pleurs, tandis que les membres du gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) se levaient pour voter contre.

M. Legault a justifié ce refus en parlant de congestion au niveau des commissions parlementaires. Plusieurs pièces législatives, y compris le controversé projet de loi 34 sur les tarifs d’électricité, sont actuellement à l’étude. La session parlementaire se termine le 6 décembre.

«Il y a beaucoup, actuellement, de travail dans les commissions parlementaires, du travail qui n’avance pas dans les commissions parlementaires. Et, M. le Président, on a déjà accepté plusieurs mandats d’initiative de l’opposition depuis qu’on est ici. On n’a rien, rien, rien, aucune leçon à recevoir du Parti libéral», a-t-il déclaré, mettant le feu aux poudres. 

Tanguay frôle l’expulsion

Marc Tanguay a bondi de son siège pour accuser M. Legault de tenir des «propos blessants». François Paradis a noté que le sujet était sensible puis invité le premier ministre à compléter sa réponse.

Or, M. Tanguay a refusé de se rasseoir, invoquant une question de règlement, même si M. Paradis venait de répéter plusieurs fois que la décision qu’il avait prise était finale. «Il en est ainsi. Je préside. Je viens de vous le dire. C’est comme ça que ça va se passer», a déclaré le président. 

Le bras de fer entre MM. Tanguay et Paradis s’est prolongé pendant de longues minutes, le député écopant d’un «premier rappel à l’ordre». «Ne me forcez pas à aller plus loin», l’a averti M. Paradis, en redonnant la parole à M. Legault pour qu’il termine sa réponse. 

En vertu des règles au parlement, le président peut se servir de ses pouvoirs disciplinaires, qui vont du rappel à l’ordre jusqu’à l’expulsion de l’Assemblée. Il peut aussi suspendre ou lever la séance s’il estime que cela est nécessaire pour rétablir l’ordre. 

À la fin de la période des questions, M. Paradis est sorti en trombe du Salon bleu en passant devant Marc Tanguay sans le regarder.   

Depuis une semaine, le climat à l’Assemblée nationale dégénère. Jeudi dernier, M. Tanguay avait laissé entendre que le président était en train de perdre le contrôle de la Chambre.

La présidence doit avoir la confiance de tous les groupes parlementaires. En 2011, le leader parlementaire péquiste Stéphane Bédard avait contesté une décision du président Yvon Vallières pour ensuite lui retirer sa confiance. Peu après, M. Vallières avait démissionné.

Caroline Plante, La Presse canadienne