National
18:10 21 novembre 2019

Jean Chrétien ne voit pas de mal à ce que Trudeau doive sa survie au Bloc

Jean Chrétien ne voit pas de mal à ce que Trudeau doive sa survie au Bloc
Photo: Jeff Fusco/Getty ImagesJean Chretien

OTTAWA — Celui qui s’est battu tout au long de sa vie politique contre les indépendantistes québécois ne voit pas de mal à ce que l’un de ses successeurs doive sa survie éventuelle au Bloc québécois.

Jean Chrétien a fait une visite remarquée au parlement, jeudi.

La première réunion du nouveau conseil des ministres de Justin Trudeau venait de prendre fin et les couloirs étaient bondés de journalistes. Surpris, l’ancien premier ministre s’est tout de même prêté de bonne grâce à une courte mêlée de presse.

Y a-t-il une gêne à voir un gouvernement libéral obligé de se tourner vers les bloquistes pour survivre?

«Non! Non! Écoutez si on fait un bon projet de loi, puis ils votent pour nous, est-ce qu’on va dire votez pas pour nous autres parce que vous êtes péquistes? Parce que vous êtes séparatistes?» a répondu l’auteur de la loi sur la clarté référendaire.

M. Chrétien a souligné qu’aucun des partis au parlement ne veut retourner en campagne électorale, y compris les libéraux.

Puis, il a cité une leçon d’histoire.

«J’étais le secrétaire parlementaire de (Lester B.) Pearson, le premier ministre du Canada, en 1964 et 1965 quand Réal Caouette avait la balance du pouvoir. (…) Alors, il fallait… on leur parlait et puis on survivait. Et en 1965, on a fait des élections pour essayer d’avoir une majorité, puis on avait gagné un siège seulement. On a fait ça pour rien», a-t-il rappelé.

M. Chrétien ne s’est pas montré très loquace pour commenter le retour du poste de vice-premier ministre ou celui de lieutenant québécois. Mais il a offert plusieurs réflexions sur le sentiment d’aliénation de l’Ouest.

«C’est un problème qui existe depuis longtemps», a-t-il souligné. Se vantant d’avoir été le seul premier ministre libéral à avoir fait élire des députés albertains dans trois élections successives, il a dit qu’une fois premier ministre, on est premier ministre pour tous les Canadiens, sans égard au parti politique.

Et puis, pas besoin de trouver un représentant albertain à inclure au conseil des ministres. «Il a une dame qui est née en Alberta, et son père est un fermier en Alberta», a dit M. Chrétien à propos de Chrystia Freeland, nommée mercredi vice-première ministre et ministre des Affaires intergouvernementales. 

«Ils ont décidé de ne pas voter pour un libéral. C’est pas nous», a-t-il ajouté en parlant des deux provinces qui ont boudé le Parti libéral du Canada le 21 octobre.

«J’ai participé à un débat avec (Stephen) Harper il y a deux semaines. Un débat privé, devant 700 personnes», a-t-il révélé. «J’ai dit ce que je pensais. Trudeau a acheté un pipeline, que je lui ai dit. J’ai dû défendre ça devant les gens de l’est qui disaient pourquoi diable il prend de l’argent pour acheter un pipeline dont une compagnie pétrolière ne veut pas. Et j’ai dit que c’est difficile à expliquer, mais il l’a fait pour essayer de vendre le pétrole albertain et vous lui avez dit merci», a-t-il relaté.

Là-dessus, le vieux politicien a dit merci, a tourné les talons et s’est engouffré dans le bureau du premier ministre, où il a eu une brève rencontre avec Justin Trudeau.

Lina Dib, La Presse canadienne