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10:33 22 novembre 2019

Grève au CN: Ottawa écarte toujours une loi spéciale pour mettre fin à la grève

Grève au CN: Ottawa écarte toujours une loi spéciale pour mettre fin à la grève
Photo: Jonathan Hayward/La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Le gouvernement Trudeau continue d’écarter une loi spéciale pour mettre fin au débrayage des quelque 3200 cheminots de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN), estimant que c’est par la négociation que l’impasse sera dénouée.

«Nous sommes d’avis que la façon la plus rapide de résoudre cette grève est par la négociation collective», a affirmé, vendredi à Montréal, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, alors que les appels à un dénouement rapide du débrayage ont continué à se faire entendre un peu partout au pays.

La veille, celui-ci avait adopté la même approche lorsque questionné sur la possibilité qu’Ottawa puisse forcer le retour au travail des grévistes.

Au quatrième jour du conflit de travail, alors que les négociations ne semblaient pas montrer de signes de progrès malgré la présence des médiateurs fédéraux, le ton a monté entre la plus importante compagnie ferroviaire au pays et le syndicat représentant quelque 3200 de ses chefs et agents de trains.

Selon la Conférence ferroviaire de Teamsters Canada (CFTC), la pénurie de propane évoquée au Québec «serait fabriquée de toutes pièces» par le CN, qui a décidé de prioriser d’autres marchandises, alors que «plus de 1800 ingénieurs de locomotives et plus de 600 superviseurs» continuent d’exploiter des trains.

«On doit se demander si le CN refuse de transporter du propane afin de créer une crise et forcer une loi spéciale de retour au travail, s’est demandé le président de la CFTC, Lyndon Isaak, dans un communiqué. Le fait que ces trains ne transportent pas de propane relève d’une décision d’affaires du CN.»

Jeudi, le premier ministre François Legault avait estimé que ce n’était qu’une question de jours avant que la province ne manque de propane — utilisé notamment pour alimenter les séchoirs à grain de nombreux agriculteurs. Vendredi, Québec a fait savoir que les réserves étaient suffisantes pour répondre aux besoins essentiels pendant environ une semaine encore.

Environ 85 pour cent du propane consommé par le Québec est acheminé par voie ferroviaire, principalement depuis Sarnia, en Ontario.

Un appel au calme

En mêlée de presse dans son bureau de circonscription, le ministre Garneau a tenté de calmer le jeu en invitant une fois de plus l’employeur et la CFTC à se «concentrer sur la résolution des différents».

«Je pense qu’il est important que les deux parties travaillent ensemble pour trouver une solution plutôt que d’aller dans les médias et sortir de cette façon-là», a répondu M. Garneau, lorsqu’interrogé sur les déclarations des Teamsters.

En réponse à la sortie des Teamsters, le CN a affirmé que son «petit bassin de cadres qualifiés» ne lui permet d’assurer qu’environ 10 pour cent de son service habituel sur son réseau canadien s’échelonnant sur 22 000 kilomètres.

Dans sa déclaration, l’entreprise a demandé à la partie syndicale d’accepter que l’on se tourne vers un arbitre indépendant choisi conjointement par le CN et le syndicat ou par Ottawa dans l’espoir de mettre fin à la grève.

Le CN a réfuté les affirmations des Teamsters à l’effet que les points en litige concernaient des enjeux de santé et de sécurité. Selon l’employeur, le désaccord porte plutôt sur les salaires, et ce, même si la rémunération moyenne d’un chef de train est de 114 000 $.

Impacts potentiels

S’il se prolonge, ce conflit de travail risque de nuire au produit intérieur brut du pays.

L’impact de la grève pourrait atteindre 2,2 milliards $ si elle devait se prolonger jusqu’à la fin du mois et 3,1 milliards $ si elle se poursuit jusqu’au 5 décembre, a estimé l’économiste en chef de la Banque TD, Brian DePratto.

Un débrayage de neuf jours au Canadien Pacifique en 2012 s’était traduit par une baisse d’environ sept pour cent du PIB sectoriel du transport ferroviaire, a souligné M. DePratto. Une loi spéciale avait mis fin à l’impasse.

«Si cette grève devait s’étirer, elle perturberait certainement l’économie canadienne ainsi (que les activités) de l’entreprise», a pour sa part estimé l’économiste en chef chez CIBC Marchés mondiaux, Avery Shenfeld.

Parallèlement, vendredi après-midi, un cortège formé d’une dizaine de tracteurs s’est rendu, depuis Châteauguay, en banlieue sud de Montréal, au centre-ville de la métropole afin de manifester à proximité du siège social du CN et dénoncer la pénurie de propane qui donne plusieurs maux de tête aux agriculteurs.

Déjà confrontés à une saison des récoltes difficile en raison des conditions météorologiques, ceux-ci sont incapables de faire sécher les grains récoltés puisqu’ils ne sont pas en mesure de se faire livrer du propane afin d’alimenter leurs séchoirs.

 

Entreprises dans cette dépêche: (TSX:CNR, TSX:CP)

Julien Arsenault, La Presse canadienne