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Élection complémentaire dans Jean-Talon: La CAQ abat une forteresse du PLQ

Élection complémentaire dans Jean-Talon: La CAQ abat une forteresse du PLQ
Photo: Jacques Boissinot/La Presse canadienneLa candidate élue de la CAQ, Joelle Boutin, en compagnie du premier ministre du Québec, François Legault.

QUÉBEC — Une forteresse libérale s’est écroulée comme un château de cartes à Québec, lundi soir, avec l’élection de la candidate caquiste Joëlle Boutin dans Jean-Talon.

Elle devient la 76e députée de la formation dirigée par François Legault et la 55e femme à occuper un siège à l’Assemblée nationale au cours de la présente législature.

De retour d’une réunion des premiers ministres à Toronto et d’une activité à Terrebonne, le premier ministre François Legault s’est présenté au rassemblement de la CAQ au restaurant Boston Pizza, près de l’Université Laval, en fin de soirée, pour célébrer avec ses militants et sa nouvelle députée.

Dès la publication des premiers résultats, lundi soir, la Coalition avenir Québec (CAQ) avait pris une confortable avance, qui ne s’est jamais démentie de toute la soirée.

Pour le Parti libéral du Québec (PLQ), il s’agit là d’une perte dont l’ampleur et l’étendue dépassent largement les contours de la circonscription: les libéraux sont désormais absents de pratiquement toutes les régions du Québec, sauf à Montréal et ses environs et en Outaouais.

Le PLQ a donc perdu sa dernière circonscription à l’est de Montréal.

Durant toute la campagne électorale, le suspense qui a retenu l’attention consistait à savoir si la Coalition avenir Québec (CAQ) allait réussir à ravir la circonscription au Parti libéral du Québec (PLQ), qui n’a jamais cédé sa place depuis la création de Jean-Talon en 1966.

Mais la lutte n’a même pas été serrée. Après dépouillement des bulletins de  bureaux de scrutin sur 158, la candidate caquiste, Joëlle Boutin, avait plus de 41,7 pour cent du vote, contre 22,9 pour cent pour la candidate libérale Gertrude Bourdon, qui mord la poussière pour une seconde fois en 14 mois.

Scénario impensable il n’y a pas si longtemps dans ce château fort libéral, la performance de Québec solidaire se compare avantageusement avec celle du PLQ, avec 20,1 pour cent d’appui.

Le PQ ferme la marche avec 9,2 pour cent du vote.

La moitié des électeurs (51 pour cent) se sont prévalus de leur droit de vote. Déjà, 20 pour cent des électeurs de ce quartier situé à l’ouest du centre-ville de Québec (Sillery et Sainte-Foy essentiellement) avaient voté par anticipation la semaine dernière.

L’ex-député de Jean-Talon, Sébastien Proulx, avait choisi de quitter la politique en août dernier pour aller travailler dans le secteur privé chez Desjardins, provoquant ainsi le déclenchement d’une élection complémentaire.

Au total, 10 candidats s’affrontaient dans Jean-Talon, mais la lutte s’est surtout cristallisée autour des candidates du PLQ et de la CAQ.

Comme en 2018, la CAQ avait choisi Joëlle Boutin pour la représenter dans Jean-Talon, où elle avait fait bonne figure, en se classant deuxième. Le PLQ, en baisse par rapport aux résultats précédents, avait recueilli 32 pour cent du vote, tandis que la CAQ se faisait menaçante avec 28 pour cent d’appui.

Depuis, Mme Boutin, âgée de 40 ans, dirigeait le cabinet du ministre Éric Caire. Elle était auparavant conseillère au cabinet de relations publiques National. Elle a aussi participé à la fondation de Femmes Alpha, un site Web qui mise sur le leadership des femmes en affaires, en favorisant «l’essor de la femme numérique».

Le gouvernement Legault misait sur sa popularité dans les sondages, avec un très confortable taux de satisfaction de plus de 60 pour cent, de même que sur sa bonne performance dans la région de Québec lors du scrutin de l’an dernier pour ravir la forteresse libérale de Jean-Talon, réputée imprenable.

Bien conscient que le vent avait tourné et qu’il ne pouvait plus rien tenir pour acquis, le PLQ n’a pas ménagé les efforts au cours des dernières semaines pour conserver Jean-Talon dans son giron, alors que députés et bénévoles ont ratissé le terrain sans relâche du début à la fin.

Circonscription de prestige pour les libéraux, Jean-Talon a toujours été représentée dans le passé par de grosses pointures, appelées à jouer un rôle-clé au Conseil des ministres, comme Philippe Couillard, Yves Bolduc, Gil Rémillard et Raymond Garneau, notamment.

Cette fois, le PLQ avait fait le pari de miser sur une de ses candidates vedettes de l’élection de 2018, mais une figure qui demeure controversée, Gertrude Bourdon.

Gestionnaire de haut niveau, infirmière de formation, ancienne directrice du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHU), Gertrude Bourdon, âgée de 64 ans, était candidate l’an dernier dans Jean-Lesage. Elle avait terminé troisième avec 17,9 pour cent du vote, derrière Québec solidaire et la CAQ.

Elle s’était illustrée par son hésitation à se porter candidate pour le PLQ ou la CAQ, avant d’opter pour le premier, se faisant une réputation de «magasiner» son parti au lieu d’affirmer des convictions.

En rendant officielle sa candidature dans Jean-Talon, Mme Bourdon disait vouloir une deuxième chance. Elle avait reconnu que son entrée en politique avait été «mouvementée», et affirmait avoir tiré des leçons de sa défaite cuisante de l’an dernier.

Québec solidaire, qui a déjà conquis deux circonscriptions de Québec en 2018 (Jean-Lesage et Taschereau), a plutôt choisi de miser sur une campagne intensive très ciblée auprès des étudiants pour espérer ravir Jean-Talon.

Les solidaires ont été très présents dans les établissements d’enseignement, principalement l’Université Laval, pour solliciter le vote des jeunes, une clientèle traditionnellement plus sensible au programme de QS. Mais la lutte s’annonçait difficile, QS n’ayant récolté que 19 pour cent du vote dans Jean-Talon en 2018.

Le parti était représenté par Olivier Bolduc, un sténographe judiciaire de 32 ans.

Le Parti québécois (PQ), qui n’a pas l’habitude de faire bonne figure dans Jean-Talon, présentait un enseignant à la retraite de 61 ans, Sylvain Barrette, soit le même candidat que l’an dernier lors de la générale, lors de laquelle il n’avait récolté que 14 pour cent du vote.

Les sièges de l’Assemblée nationale se répartissent désormais ainsi: 76 pour la CAQ, 28 pour le PLQ, 10 pour QS, 9 pour le PQ et 2 indépendants.

Jocelyne Richer, La Presse canadienne