National
15:00 3 décembre 2019

Congés parentaux inéquitables: le ministre Boulet tente de corriger le tir

Congés parentaux inéquitables: le ministre Boulet tente de corriger le tir
Photo: Jacques Boissinot/La Presse canadienneLe ministre du Travail, Jean Boulet

QUÉBEC — Le ministre du Travail, Jean Boulet, se dit maintenant disposé à offrir aux familles adoptantes des congés supplémentaires, mais à l’extérieur du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP).

Il a appuyé mardi une motion de la députée Véronique Hivon, du Parti québécois, pour que les familles adoptantes «bénéficient de la même durée de prestations que les familles biologiques», sans toutefois préciser comment il entendait y arriver.

Plus tôt, des parents adoptants avaient accentué la pression sur le ministre, en dénonçant une fois de plus son projet de loi 51 qui réforme le RQAP en maintenant l’inégalité entre les familles — contrairement à ce qui avait été promis par la Coalition avenir Québec (CAQ).

En vertu du projet de loi, les familles biologiques auraient désormais droit à un maximum de 59 semaines de congé, tandis que les familles qui adoptent hors Québec obtiendraient 52 semaines et celles qui adoptent au Québec, 42 semaines. 

La pièce législative a été très mal reçue par la Fédération des parents adoptants du Québec (FPAQ), qui a réuni cinq autres organismes du milieu pour faire front commun contre.

Ils dénoncent le maintien d’une discrimination à l’endroit des enfants adoptés, qui peuvent pourtant demander beaucoup de temps afin de surmonter leur sentiment d’abandon et tisser des liens forts avec leurs parents adoptifs.

Ils soulignent en outre que le ministre a créé deux classes de familles adoptantes au Québec: celles qui adoptent à l’international et les autres. 

Québec craint toujours les poursuites

Mardi, le premier ministre François Legault n’a pas non plus précisé quand et comment les congés supplémentaires seraient accordés.

Il a repris pour l’essentiel l’argument du ministre Boulet, selon lequel les mères biologiques ont droit à un congé plus généreux étant donné qu’elles subissent les effets physiologiques d’une grossesse et d’un accouchement. 

Il prétend qu’il y a un sérieux risque de poursuites judiciaires de la part des mères biologiques si le gouvernement donnait exactement le même nombre de semaines aux parents adoptants qu’aux parents biologiques.

Des arguments «légalo-légalistes» qui ne tiennent pas la route, a dénoncé Mme Hivon. Selon elle, «personne ne peut imaginer» qu’une mère biologique intente un recours parce que les familles adoptantes se verraient donner des semaines équivalentes.

«Selon les avocats, on ne peut pas mettre le même nombre de semaines, (…) il y aurait un risque important de poursuites, a soutenu M. Legault en mêlée de presse. On va trouver un autre moyen, à l’extérieur du RQAP, de donner aux parents adoptifs le même nombre de semaines qu’aux parents biologiques.»

Questionné à savoir pourquoi le gouvernement n’avait pas songé à l’équité plus tôt, considérant que c’était une promesse électorale de la CAQ, M. Legault a jeté le blâme sur l’ancien gouvernement libéral.

«C’est le verre à moitié plein ou à moitié vide. Le verre était vide avec le gouvernement libéral, on l’a rempli le plus possible avec ce qui était possible de faire avec le RQAP, maintenant on va se pencher sur comment remplir le reste du verre mais à l’extérieur du RQAP.»

Le populaire régime d’assurance parentale a été mis sur pied en 2006 par le gouvernement libéral de Jean Charest. Il vise à soutenir les nouveaux parents financièrement et dans leur volonté de consacrer plus de temps à leurs enfants dans les premiers mois de leur vie.

L’opposition sceptique 

Bien qu’elle salue «l’ouverture» du gouvernement, Mme Hivon reste toutefois sur ses gardes. Elle craint la création d’un système parallèle.

«On est encore inquiets, a-t-elle dit. C’est très important que ce soit (…) le même nombre de semaines, que ce soit à l’intérieur du RQAP, parce qu’on n’a pas envie de créer en parallèle un autre système qui n’aurait pas la même solidité.»

Selon elle, le ministre doit déposer un plan «dans les prochains jours» afin de «sécuriser» les familles adoptantes. «Ce serait le plus beau cadeau de Noël que vous pourriez offrir», a-t-elle ajouté.

«Par quel chemin va-t-il finalement remplir sa promesse?» a demandé à son tour Alexandre Leduc, de Québec solidaire, en invitant les familles à ne pas lâcher prise.

«Le ministre faisait face à un barrage assez nourri depuis quelques jours et il va falloir continuer à maintenir ce barrage-là pour avoir des réponses», a-t-il affirmé.

Plus tôt, le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, avait déclaré que le gouvernement n’avait «pas le choix» de corriger le tir.

«Le gouvernement veut aller très rapidement, (…) mais on s’aperçoit qu’il y a des erreurs dans chaque projet de loi où on doit reculer.»

Caroline Plante, La Presse canadienne