National
05:27 10 décembre 2019

La Chine a remis les dossiers de Kovrig et Spavor à des procureurs

La Chine a remis les dossiers de Kovrig et Spavor à des procureurs
Photo: Karen Ducey/Getty ImagesManifestation à Vancouver demandant la libération de Michael Spavor et Michael Kovrig détenus en Chine.

OTTAWA — Alors que deux Canadiens risquent de subir des procès en Chine, où les condamnations sont pratiquement assurées, les députés de l’opposition à Ottawa tentaient mardi de soumettre les libéraux à l’examen d’un comité spécial des Communes.

Ni Michael Spavor ni Michael Kovrig n’ont pu bénéficier de la visite d’un avocat ou d’un proche depuis leur arrestation en Chine il y a maintenant un an. Ces détentions, jugées «arbitraires» par Ottawa, sont largement considérées comme des mesures de représailles pour l’arrestation par le Canada de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, à la demande des États-Unis, qui souhaitent l’extrader. Alors que Mme Meng a été libérée sous caution en attendant la suite des procédures, les deux Canadiens détenus en Chine n’ont eu droit qu’à une visite consulaire par mois.

Tout au long de la journée de mardi, premier anniversaire de leur détention, les ministres libéraux ont martelé que la libération des deux Canadiens était au coeur des priorités du gouvernement. «Ils sont et resteront notre priorité absolue: nous continuerons à travailler sans relâche pour obtenir leur libération immédiate et pour les défendre, en tant que gouvernement et en tant que Canadiens», a soutenu la ministre du Développement international, Karina Gould, lors de la période des questions aux Communes, mardi après-midi.

Ces efforts ont toutefois été mis en doute lorsqu’une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré à la presse à Pékin mardi que les dossiers des deux Canadiens avaient maintenant été soumis «pour enquête et poursuites», sur des allégations de menaces à la sécurité nationale.

«Les autorités judiciaires chinoises traitent les affaires dans le strict respect de la loi et protègent les droits juridiques des deux citoyens canadiens», a déclaré Hua Chunying, selon une transcription en anglais publiée sur le site du ministère. Mme Hua a déclaré que les deux hommes étaient «en bonne santé», mais elle a évité deux questions concernant leur accès à un avocat.

Michael Kovrig, un ancien diplomate canadien, est employé par l’International Crisis Group, une organisation non gouvernementale qu’a déjà présidée l’ex-juge Louise Arbour. Michael Spavor est un entrepreneur spécialisé dans les affaires en Corée du Nord.

Depuis l’interpellation de Mme Meng à l’aéroport de Vancouver le 1er décembre 2018 et l’arrestation des deux Canadiens en Chine, les relations entre Ottawa et Pékin se sont grandement détériorées. Outre les arrestations, la Chine a également restreint les importations de certains produits agricoles, dont le canola.

Un «pion innocent»

Les États-Unis accusent Mme Meng de fraude, pour avoir menti à des banques américaines dans le cadre d’une violation des sanctions commerciales américaines contre l’Iran. Libérée sous caution, elle vit dans une luxueuse maison à Vancouver, en attendant son audience d’extradition devant un tribunal de la Colombie-Britannique.

L’International Crisis Group a qualifié M. Kovrig de «pion innocent au milieu du jeu politique de grandes puissances». Dans une lettre d’opinion marquant l’anniversaire de sa détention, les signataires, dont Mme Arbour, ajoutent que sa détention «est injuste et inhumaine» et qu’il «n’aurait jamais dû être détenu ne serait-ce qu’une heure — encore moins une année complète».

Le chef conservateur, Andrew Scheer, a déclaré mardi que cet anniversaire démontre que les libéraux ne sont pas en mesure de gérer cette «crise diplomatique».

«Le gouvernement chinois détient illégalement deux citoyens canadiens. Ils ont bloqué des milliards de dollars d’exportations agricoles. Ils commencent maintenant à prendre des mesures agressives dans l’Arctique, appelant à une « route de la soie polaire »», a-t-il déclaré.

En janvier 2018, le gouvernement chinois avait publié un document qui examinait les perspectives d’infrastructure et de routes commerciales sous contrôle chinois dans l’Arctique.

Les conservateurs ont passé la journée aux Communes à se concentrer sur les relations entre le Canada et la Chine, essayant d’obtenir du soutien pour la création d’un comité spécial de députés qui sonderait tous les aspects de la querelle diplomatique — et qui pourrait convoquer le premier ministre Justin Trudeau, le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, et le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair.

La ministre Gould a laissé entendre que le gouvernement n’appuierait pas cette motion. Elle a soutenu pendant la période des questions qu’il existe déjà des comités qui pourraient examiner les questions concernant la relation Canada-Chine.

Alors que les libéraux forment un gouvernement minoritaire, les partis de l’opposition pourraient faire progresser la motion si les conservateurs, les néo-démocrates et les bloquistes étaient d’accord.

La Presse canadienne