National
14:33 21 janvier 2020

Jean Charest ne sera pas candidat à la chefferie du Parti conservateur

Jean Charest ne sera pas candidat à la chefferie du Parti conservateur
Photo: Archives | Chantal LevesqueJean Charest

Jean Charest ne sera pas candidat à la direction du Parti conservateur du Canada (PCC).

L’ex-premier ministre du Québec et ancien chef du Parti progressiste-conservateur du Canada en a fait l’annonce mardi lors d’une entrevue que Radio-Canada devait diffuser à 17h00, mais dont elle a devancé certains éléments à la suite d’informations contradictoires entourant sa candidature.

Jean Charest a lui-même publié un communiqué par la suite pour confirmer ses intentions.

Dans cette déclaration, il explique que sa réflexion, amorcée à la suite d’appels «nombreux et insistants à la grandeur du pays pour (qu’il se) porte candidat au leadership du Parti conservateur», l’a mené à ne pas briguer la direction.

M. Charest dit s’inquiéter «vivement que la population canadienne soit politiquement divisée» et affirme que le pays «a besoin d’une alternative politique nationale» pour représenter toutes les régions du Canada.

Un parti différent du sien

Au premier chef, il dit croire que le PCC devra présenter en matière environnementale «un plan crédible et ambitieux pour la gestion de nos ressources naturelles et la lutte contre les changements climatiques», laissant ainsi entendre que son ancienne formation n’en a pas.

Il ajoute au passage que ses positions sur plusieurs enjeux de société «reposent sur des convictions profondes» et que «force est de constater que le Parti conservateur du Canada s’est profondément transformé» depuis son départ en 1998.

Le Parti conservateur actuel est certes bien différent de celui qu’il avait laissé à cette époque.

Après l’humiliante défaite de 1993 où les conservateurs n’avaient fait élire que deux députés, puis les insuccès à l’élection de 1997 où, sous sa direction, le parti ne faisait élire que 20 députés, le parti fusionnait avec le Reform Party, renommé l’Alliance canadienne en 2003. Jusque-là dirigé par des conservateurs modérés, le Parti progressiste-conservateur a alors laissé tomber le qualificatif de «progressiste» et effectué un virage à droite sous l’influence de l’Alliance, dirigée par Stephen Harper.

Règles défavorables

Au-delà du fossé idéologique, Jean Charest affirme que «les règles de la course au leadership ne favorisent pas un candidat issu de l’externe, d’autant plus que l’échéancier est très serré» et qu’il a «une vie familiale heureuse ainsi qu’une vie professionnelle très active» au sein d’un grand cabinet d’avocats de Montréal.

Un sondage Léger réalisé pour La Presse canadienne le 8 janvier dernier (1) vient cependant jeter un autre éclairage en matière de considérations stratégiques: ce sondage plaçait l’ex-ministre Rona Ambrose au premier rang des appuis des Canadiens aux candidats potentiels à la direction du Parti conservateur, suivie par l’ex-ministre Peter MacKay, avec Jean Charest loin derrière ce duo.

La première — qui laisse planer le suspense sur son éventuelle candidature — obtenait la faveur de 18% des répondants contre 12% pour Peter MacKay, qui a confirmé, lui, sa participation la semaine dernière sur les réseaux sociaux. Jean Charest, pour sa part, ne recueillait que 4% d’appuis au Canada, bien qu’il était bon premier au Québec.

Or, Peter MacKay est lui aussi issu de la branche progressiste du Parti conservateur, ceux que l’on surnomme les «red torys», et il a le potentiel d’aller chercher l’appui de nombreux militants qui auraient pu être tentés par un virage progressiste que représenterait l’accession d’un Jean Charest à la direction.

L’ombre de Mâchurer

De plus, s’il s’était présenté, Jean Charest aurait eu du mal à se distancier des nombreuses enquêtes policières entourant le financement du Parti libéral du Québec.

Bien qu’il n’ait jamais été accusé de quoi que ce soit, son nom est associé à l’enquête Mâchurer de l’Unité permanente anticorruption, enquête qui n’est pas terminée.

La semaine dernière, les médias ont finalement pu diffuser les déclarations écrites au soutien des mandats de perquisition aux entreprises de Marc Bibeau, ex-grand argentier du Parti libéral du Québec et ami de Jean Charest. M. Charest n’a jamais renié son amitié avec Marc Bibeau, mais assure qu’il n’a rien à se reprocher dans ce dossier.

Cependant, tant que l’UPAC n’aura pas complété son travail et décidé si des accusations seront portées ou pas, l’ombre de l’enquête Mâchurer planera au-dessus de la tête de l’ex-premier ministre Charest, en lien avec le financement du PLQ.

Les conservateurs éliront leur nouveau chef le 27 juin lors d’un congrès à la direction à Toronto.

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(1) Le sondage avait été mené auprès de 1554 Canadiens entre le 3 et le 7 janvier en ligne et ne comportait aucune marge d’erreur en raison de l’échantillon non probabiliste.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse canadienne