National
12:14 22 janvier 2020

Université de l’Ontario français: l’entente signée par le fédéral et l’Ontario

Université de l’Ontario français: l’entente signée par le fédéral et l’Ontario
Photo: Josie Desmarais/MétroMélanie Joly

OTTAWA — Tant le gouvernement fédéral que l’Ontario crient victoire après avoir attaché les dernières ficelles pour le financement de l’Université de l’Ontario français.

Après plus d’un an de tergiversations et de négociations, les deux ordres de gouvernement ont apposé leur signature sur une entente de financement conjointe fédérale-provinciale pour la création de l’UOF.

La décision de l’administration Ford, à l’automne 2018, de mettre au rancart le projet d’université avait suscité un tollé dans la communauté francophone de la province et à travers le pays. Il s’en est suivi un bras de fer avec Ottawa, qui a finalement connu un dénouement à quelques jours du début de la campagne électorale.

«Il a fallu se battre pour avoir ce projet-là. Puis si ça n’avait pas été du travail de tous les francophones de partout à travers le pays — Franco-Ontariens, Québécois, Acadiens — il n’aurait pas lieu ce projet-là», a déclaré Mélanie Joly, ministre fédérale du Développement économique et des Langues officielles, mercredi après-midi.

L’entente signée confirme que le projet verra le jour grâce à un investissement de 126 millions $ sur huit ans. Chaque ordre de gouvernement s’est engagé à verser jusqu’à 63 millions $.

Le fédéral financera le démarrage de l’université pour les quatre premières années, puis partagera le financement lors de la cinquième année. L’Ontario devra prendre le relais par la suite et devra verser au minimum une somme identique à celle du fédéral.

Au terme des huit ans, le gouvernement de l’Ontario devrait continuer de lui fournir un soutien opérationnel comme tous les autres établissements d’enseignement postsecondaire subventionnés par l’État. Si l’Ontario décidait de reculer sur sa promesse de financement, la province devra rembourser le fédéral, selon les termes de cette entente.

«Je tiens donc à remercier mes collègues de la province d’avoir renversé leur décision initiale d’abolir le projet d’université au départ», a lancé la ministre Joly, qui n’a pas manqué de dire que cette entente a été signée au terme de «négociations mouvementées, difficiles».

En entrevue avec La Presse canadienne, Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones de l’Ontario, a pour sa part fait valoir qu’elle est «ravie» de «livrer cette promesse importante» environ 18 mois après l’élection de son gouvernement.

«Vous le savez, c’est une revendication de très longue date de la communauté francophone de l’Ontario d’avoir une université gouvernée pour les francophones et par les francophones», a-t-elle dit.

Mme Mulroney refuse de dire que son gouvernement avait annulé le projet, insistant plutôt qu’il l’avait «mis sur pause» afin de faire le ménage dans les finances publiques après le déficit laissé par le gouvernement libéral précédent.

Les négociations pour l’UOF entre le gouvernement fédéral et celui de l’Ontario avaient finalement abouti à une entente de principe le 7 septembre dernier, date du 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles. La campagne électorale fédérale a été déclenchée quatre jours plus tard.

«Bien sûr, il y avait une élection fédérale, mais pour nous, c’était vraiment de faire le travail à l’interne du gouvernement et de faire la vérification dans tous les dossiers», a justifié Mme Mulroney, pour qui l’échéance n’avait rien à voir avec la campagne électorale.

Dans une déclaration, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) s’est dite heureuse de voir que l’UOF est assurée de son financement et peut maintenant s’affairer à embaucher du personnel. Le lieu de la future université, à Toronto, devrait également être connu sous peu.

L’UOF espère accueillir les premières cohortes d’étudiants dès l’automne 2021. Quelque 300 étudiants sont attendus la première année, alors que ce nombre devrait atteindre jusqu’à 2000 après 10 ans.

Le président de l’AFO, Carol Jolin, dit que ces chiffres du plan d’affaires de l’UOF sont «conservateurs» et s’attend à un engouement plus marqué pour la nouvelle université.

Catherine Lévesque, La Presse canadienne