National
10:53 14 février 2020

Trains bloqués: pas question d’ordonner une intervention policière

Trains bloqués: pas question d’ordonner une intervention policière
Photo: Josie Desmarais/MétroLe ministre des Transports, Marc Garneau.

Depuis Munich, Justin Trudeau assure que son gouvernement et lui s’occupent «profondément» de l’arrêt des trains au Canada.

Et aux conservateurs qui lui réclament d’ordonner l’intervention de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour démanteler les barricades qui bloquent les voies ferrées, M. Trudeau répond qu’il n’en fera rien.

«On n’est pas un pays où les politiciens peuvent ordonner à la police de faire quelque chose d’opérationnel», a-t-il souligné, vendredi, lors d’une conférence de presse tenue avant son retour au pays.

Quelques heures plus tôt, à Ottawa, le chef par intérim du Parti conservateur reprochait au premier ministre d’être en voyage et réclamait une intervention policière. 

«Toute cette situation est devenue ridicule», a lancé Andrew Scheer lors d’un point de presse convoqué au foyer de la Chambre des communes.

Il a, à nouveau, accusé les manifestants de planifier la destruction de tout le secteur énergétique de l’économie canadienne.

«Nous ne pouvons pas permettre à un petit groupe d’activistes de prendre notre économie en otage et de menacer des milliers d’emplois», a-t-il tonné, réclamant l’intervention de la GRC.

Puis, en réponse aux questions des journalistes, M. Scheer a admis que les barricades sont sur des territoires où la GRC n’a pas compétence et où la police est confiée à des Peacekeepers ou à des services provinciaux.

La réaction de M. Scheer démontre un «manque de compréhension» de la complexité des enjeux, a critiqué le ministre des Transports, Marc Garneau, de passage à Toronto vendredi après-midi après une rencontre avec ses homologues provinciaux.

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, va plus loin. Il croit que «c’est très possible que ça puisse dégénérer» si la police intervenait, comme le suggère M. Scheer.

«Aujourd’hui, la mobilisation est telle qu’il y a des gestes qui sont posés un peu partout à travers le pays. Je doute qu’il y ait un recul à ce stade-ci à moins qu’il y ait vraiment une démonstration politique, une volonté d’aller vers des solutions qui seront acceptables», a-t-il dit.

M. Trudeau, lui, a continué d’appeler au respect des lois.

«Je rappelle qu’on est un État de droit. On reconnaît le droit de manifester, mais ça doit être fait (…) suivant les lois», a-t-il dit une fois de plus, en regrettant la «semaine difficile» qu’ont eu à vivre «beaucoup de Canadiens».

Puis, il s’est défendu de ne pas en faire assez depuis une semaine alors qu’il était en voyage en Afrique, au Koweït, puis en Allemagne.

«Je suis engagé et le gouvernement est pleinement saisi de cet enjeu depuis le début», a-t-il répliqué, soulignant le travail de ses ministres sur le terrain.

Les deux ministres responsables des relations avec les Premières Nations, Carolyn Bennett et Marc Miller, devaient rencontrer des leaders autochtones samedi.

Pendant ce temps, les provinces s’impatientent.

Le premier ministre du Québec, François Legault, a parlé avec M. Trudeau vendredi après-midi et lui a exprimé ses inquiétudes. Il lui a dit qu’il est «urgent qu’il intervienne pour mettre fin au blocage des voies ferrées», alors que les impacts économiques sont «majeurs».

À la sortie de sa rencontre avec M. Garneau, le ministre Greg Ottenbreit, de la Saskatchewan, s’est lui aussi dit préoccupé par la réputation internationale du Canada comme «partenaire commercial fiable».

M. Garneau, quant à lui, a argué que l’approche actuelle est «la meilleure façon d’aborder la situation». Il a dit que son gouvernement est en lien avec toutes les parties impliquées.

«On est tous saisis du besoin de régler ce problème. On est tous reconnaissants du fait qu’il faut faire respecter la loi. On est tous reconnaissants du fait qu’il faut, également, se tourner vers la réconciliation et on marie les deux pour trouver une solution», a-t-il offert.

Plus tôt en journée, M. Garneau s’était dit encouragé par les récents développements près de New Hazelton, dans le nord de la Colombie-Britannique. 

Un chef autochtone héréditaire a levé le blocus des voies ferrées du Canadian National (CN) près de New Hazelton après la promesse d’une rencontre avec les gouvernements fédéral et britanno-colombien.

M. Miller, ministre des Services aux Autochtones, a, de son côté, invité les Mohawks de la Nation de Tyendinaga dans la région de Belleville, en Ontario, à le rencontrer, à condition qu’ils lèvent leur blocus.

Vendredi après-midi, ces barricades étaient toujours là.

M. Garneau s’est défendu, comme son premier ministre, d’avoir attendu trop longtemps avant d’agir.

«Je crois qu’on s’est mis au travail tout de suite quand les blocages ont commencé», a-t-il dit. «Il faut, bien sûr, prendre en considération la cause de ces blocages et essayer de s’adresser à ces causes-là pour qu’on ait une solution à long terme», a-t-il ajouté.

Les actions des manifestants ont poussé le CN et Via Rail à annoncer, jeudi, la fermeture de leur réseau dans l’est du Canada. Le CN a indiqué que cet arrêt pourrait conduire à des licenciements temporaires.

La Presse canadienne