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20:11 26 mars 2020 | mise à jour le: 30 mars 2020 à 00:02

Les chercheurs doivent équilibrer la rigueur scientifique et la rapidité

Les chercheurs doivent équilibrer la rigueur scientifique et la rapidité
Photo: CDC/API/Gamma-Rapho via Getty Images

OTTAWA — Les chercheurs impliqués dans la course pour trouver un traitement contre la COVID-19 devront trouver un équilibre entre la rigueur scientifique et la rapidité, soulignent des experts.

Des essais cliniques pour des traitements et des médicaments ont commencé dans le monde entier. Parmi ceux-ci: une étude internationale sans précédent lancée par l’Organisation mondiale de la santé.

Mais les normes pour tester l’efficacité d’un nouveau traitement ne sont guère pratiques en ces temps de pandémie mondiale.

Earl Brown, un professeur de virologie à l’Université d’Ottawa, soutient que les études doivent encore respecter les contrepoids scientifiques habituels, même en cas de pandémie.

«Ils pousseront aussi loin qu’ils le peuvent, dit-il. Mais on ne peut pas utiliser les gens comme des cobayes, même avec les meilleures intentions au monde.»

Dans les circonstances idéales, les études suivent un processus de double anonymat; ni les participants ni les chercheurs ne savent quels patients ont été sélectionnés au hasard pour choisir recevoir le traitement testé.

Mais certains chercheurs ont assoupli ces normes dans la foulée de la COVID-19.

L’Organisation mondiale de la Santé a lancé sa propre étude internationale afin de déterminer si des médicaments existants pouvaient être utilisés contre la nouvelle maladie virale.

L’étude a été conçue afin de s’assurer que même des hôpitaux surchargés puissent y participer.

L’OSM juge que l’étude est remarquable en raison de son étendue et de sa rapidité: elle a été réalisée en seulement deux semaines, mais dans ce cas, les médecins savaient quel médicament ils donnaient à quel patient,

L’agence international a publié des lignes directrices pour les chercheurs réalisant des essais cliniques sur la COVID-19, soulignant que ce n’était pas le bon moment pour exercer une «orthodoxie méthodologique».

Pourtant on ne doit pas renoncer à la rigueur scientifique, même dans les moments les plus désespérés, croit l’OMS.

Ainsi, les fournisseurs de soins de santé au Canada ont été avertis par les autorités sanitaires et pharmaceutiques de ne pas donner des traitements non avérés aux patients, car les risques ne sont pas connus.

L’OMS demande aux chercheurs de peser les risques, le contexte et la manière la plus appropriée pour obtenir des données fiables et s’assurer que ces études sont valides et utiles.

Il en va de même pour les essais pour un vaccin, qui sont également en cours.

«Le monde a appris des nombreuses leçons de l’utilisation massive des vaccins. Il n’y a qu’une chose qui est plus dangereuse qu’un mauvais virus: c’est un mauvais vaccin, a récemment déclaré le Dr Michael Ryan, directeur général du programme des urgences sanitaires de l’OMS.

«Nous devons donc être très, très, très prudents dans la mise au point de tout produit que nous allons injecter à une grande majorité de la population mondiale.»

Autres essais

Ce ne sont pas seulement les essais cliniques pour COVID-19 qui sont touchés.

Santé Canada a publié lundi une déclaration pour rappeler que tous les essais cliniques pour n’importe quel traitement devront subir des ajustements.

«Santé Canada reconnaît que, durant l’épidémie, il y aura une hausse du nombre des dérogations aux protocoles», avait déclaré l’agence dans un communiqué.

Santé Canada réclame que ces changements soient documentés dans tous les cas.

Les chercheurs doivent parfois travailler dans des conditions aussi inhabituelles. Certains traitements ne peuvent être étudiés que pendant une épidémie.

Lors de l’épidémie d’Ebola en Afrique, le désir d’aider les patients avec les médicaments déjà disponibles semblait entrer en conflit avec la nécessité de se renseigner sur ces traitements.

Dans certains cas, le respect de normes strictes n’était pas possible en raison de l’état des systèmes de santé dans les pays touchés. Ce n’est pas le cas dans la crise de la COVID-19.

Laura Osman, La Presse canadienne

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