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BPR sollicité pour des dons par les trois partis

MONTRÉAL – Devant la Commission Charbonneau, le président de la firme de génie BPR, Pierre Lavallée, a indiqué lundi que sa firme a été sollicitée par les trois principaux partis politiques provinciaux et que lors de ces demandes, le lien a été clairement fait avec l’octroi de contrats par le gouvernement du Québec.

Jusqu’ici, les témoins avant M. Lavallée avaient soutenu qu’il n’y avait pas de lien direct entre le financement des partis politiques provinciaux et l’octroi de contrats par Québec, contrairement aux contrats municipaux à la Ville de Montréal.

Les demandes du Parti libéral, du Parti québécois et de l’Action démocratique étaient acheminées au président et chef de la direction de BPR, qui les réitérait ensuite à ses associés lors d’une réunion, a rapporté M. Lavallée.

«Il disait ‘on nous demande comme hommes d’affaires qui avons reçu des contrats du gouvernement du Québec de faire notre part au soutien de tel ou tel parti politique’. Et c’était toujours précédé, dans ce que les gens disaient, par ‘vous avez eu beaucoup de contrats du gouvernement du Québec’», a-t-il pris soin de souligner.

Quand la demande provenait d’un des partis d’opposition, elle était modifiée pour s’adapter au contexte, a-t-il rapporté.

Un objectif de financement était donné à BPR. «Il y avait une certaine insistance» dans ces demandes des partis, a-t-il relaté.

Au total, les associés de BPR et leurs proches ont versé 564 490 $ aux trois partis politiques, de 1998 à 2010. Mais à la différence de SNC-Lavalin, par exemple, ils n’ont jamais été remboursés ou compensés par «un boni» de leur employeur, a assuré M. Lavallée. «La firme ne remboursait pas», a-t-il catégoriquement affirmé.

Ses propres contributions étaient «payées directement de mon compte», a-t-il affirmé.

Au municipal

Auparavant, M. Lavallée avait aussi confirmé ce que d’autres firmes de génie conseil avaient dit à la Commission Charbonneau avant lui, à savoir que son entreprise a dû verser une quote-part de 3 pour cent de la valeur de ses contrats au parti Union Montréal.

M. Lavallée a confirmé ce que l’ingénieur Charles Meunier, de la même entreprise, avait dit auparavant à la commission: tous les dirigeants de BPR mis au courant du stratagème se sentaient mal à l’aise de participer à ce système, mais c’était ça ou ne pas travailler à Montréal, a-t-il résumé.

Quand il a su de son vice-président Meunier que BPR devrait donner 3 pour cent, sans quoi la firme n’aurait pas de contrat à Montréal, M. Lavallée était outré. «J’ai trouvé ça honteux, dégradant. Et je n’ai pas demandé à quoi allait leur servir l’argent. Je n’ai pas demandé à Charles, qui n’était que l’intermédiaire. C’était la première fois qu’on se faisait demander de l’argent. Ça ne nous était jamais arrivé, ni ailleurs au Québec, ni à Montréal jusque-là.»

Mais avant de se résigner à verser une contribution au parti Union Montréal, BPR avait tenté de percer le marché montréalais et n’y parvenait pas, a-t-il justifié.

M. Lavallée a pu retracer cinq contrats, en 2007 et 2008, pour lesquels BPR a dû verser cette quote-part équivalant à trois pour cent de la valeur des mandats obtenus au parti Union Montréal. La somme était remise sous forme d’argent comptant au responsable du financement d’Union Montréal, Bernard Trépanier, par l’intermédiaire de son ingénieur Meunier.

BPR a réussi à trouver autant d’argent comptant en retirant simplement l’argent du compte bancaire des cinq principaux actionnaires de la firme.

Pas de fausse facturation pour dégager de l’argent comptant, contrairement à d’autres firmes de génie ou de construction, a-t-il juré au commissaire Renaud Lachance, qui l’a interrogé à ce sujet. «Non. (On était) assez stupides pour embarquer dans le système, pas fous à temps plein pour aller jusqu’à faire quelque chose qui dépassait ce que nous, on a fait», a-t-il résumé.

Pour le premier contrat concerné, en février 2007, il a fallu verser 22 000 $ en contribution à Union Montréal. M. Lavallée lui-même a retiré 9000 $ de son propre compte et d’autres actionnaires ont fait de même pour réunir la somme totale demandée. Son relevé bancaire a été déposé en preuve devant la commission.

Le procédé a été reproduit les autres fois. M. Lavallée a souligné que c’est la banque qui l’a informé que s’il retirait plus de 10 000 $, elle devrait enregistrer la transaction. C’est pourquoi il retirait une somme moindre, que les autres actionnaires devaient compléter.

BPR a fini par se retirer du système, désabusé. Comme les actionnaires devaient gruger à même leurs profits, dans leur compte en banque, pour donner de l’argent à Bernard Trépanier, ils ont calculé une fois les déductions faites «un profit net sur les projets de 4 pour cent». La conclusion a donc paru évidente: «on perdait notre temps à travailler à Montréal, dans un système corrompu comme ça».

Son témoignage se poursuite mardi. Après M. Lavallée, la commission entendra Rosaire Sauriol, de la firme de génie Dessau.

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