L’exclamation est venue du fond du corridor l’autre matin: «Yeah! On s’en va aux Oscars!» C’est ainsi que j’ai appris que Monsieur Lazhar était passé en finale pour l’Academy Award du Meilleur film en langue étrangère. «On», c’est évidemment Philippe Falardeau, mais puisqu’on a tendance à tout prendre personnel quand un des nôtres commence à fréquenter les sommets, accordons-nous le droit de fêter ça en famille. Encore une fois, car ce fut pareil l’an passé avec Incendies, de Denis Villeneuve. Et pour une fois qu’il y a de quoi se réjouir de la juste utilisation de nos taxes, pourquoi faudrait-il se priver?
En plus d’être des réalisateurs désormais reconnus ailleurs, Falardeau et Villeneuve ont en commun d’avoir participé à la Course destination monde, qui fut jadis présentée à Radio-Canada. Ils ne sont pas les seuls à être sortis de cette merveilleuse rampe de lancement. Quand on repasse la liste des participants qui y sont allés au fil des ans, on y trouve les noms de Ricardo Trogi, Robin Aubert, Hugo Latulippe, Manuel Foglia, Jennifer Alleyn, François Parenteau et d’un paquet d’autres qui sont toujours actifs dans le monde des communications. Ce qui m’amène à poser une question: comment une société d’État digne de ce nom peut-elle omettre d’inscrire systématiquement à sa programmation une émission du genre, qui favorise le renouvellement de notre bassin de créateurs? Avec tout le travail abattu par les diplômés de la Course et les succès qu’ils connaissent partout, on ne pourra pas me dire que ce type de plateforme n’est pas rentable. Ça va tellement plus loin que la simple recherche de cotes d’écoute et de revenus publicitaires, cette histoire-là! C’est avant tout une question de vision et d’engagement à moyen et à long terme.
Oui, je sais, le Canal Évasion a mené sa propre course l’an passé. Pas que ce ne fut pas apprécié, au contraire, mais j’insiste, cette production doit être initiée et maintenue par la télé d’État. Et en plus, il y avait un principe d’élimination graduel des candidats qui m’énervait dans le concept d’Évasion. Falardeau l’a lui-même déjà raconté en entrevue, c’est au fur et à mesure que la saison avançait qu’il était devenu meilleur dans la Course de 1992. S’il y avait eu élimination, il aurait probablement été un des premiers éjectés.
Un autre point qui milite pour la résurrection du concept de la Course, c’est celui des possibilités techniques. À l’époque, les vidéastes-reporters partaient en excursion avec un kit de tournage lourd et encombrant. Ensuite, ils devaient envoyer leurs cassettes et leur plan de montage à Montréal par avion, et finalement attendre une couple de semaines avant de connaître les résultats de leur travail. Aujourd’hui, ils pourraient tourner des images avec une caméra grosse comme une barre de savon ou même avec un iPhone, faire leur montage sur un ordinateur portable pour finalement expédier leur film par courriel. En plus, ils pourraient participer au rendez-vous télé hebdomadaire par Skype. Simple, non? Ne manquerait que l’appui d’un transporteur, et hop, la belle vitrine!
Le prochain Falardeau ou Villeneuve, il existe sûrement quelque part. Faudrait seulement lui donner la chance de se manifester. Et qui sait, peut-être que dans quelques années, d’autres cris de joie se feront entendre un bon matin dans le fin fond d’un corridor. Et là, «on» sera tous bien contents…
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.