National

Double meurtre: un procès annulé en Alberta

Bob Weber - La Presse Canadienne

EDMONTON – Un procès pour double homicide en Alberta a dégénéré en un échange de cris et d’insultes, vendredi, lorsque la Couronne a abandonné les accusations après qu’un juge eut décidé que des agents d’infiltration avaient obtenu une confession sous la contrainte de la part de l’adolescent accusé.

Au moins six gardiens se sont précipités dans la salle d’audience alors que des membres des deux familles des victimes se sont levées et ont commencé à insulter le jeune homme, son avocat et le juge.

Le magistrat Brian Burrows a quitté durant la fusillade verbale sans ajourner officiellement la session, laissant les avocats s’interroger à savoir si la journée était véritablement terminée.

L’affrontement verbal découle de la décision de la Couronne d’abandonner une affaire entamée il y a près de quatre ans, alors que l’accusé était âgé de 14 ans, et qui a pris fin le jour même de son 18e anniversaire.

«Cette affaire était alimentée par une confession. Celle-ci vient de disparaître. Nous fermons le dossier», a déclaré le procureur William Wister au juge.

L’adolescent a d’abord dû faire face à deux accusations de meurtre non prémédité peu de temps après les assassinats de Barry Boenke et Susan Trudel, respectivement âgés de 68 et 50 ans. L’homme et la femme ont été découverts après avoir été battus et tués par balle sur leur propriété rurale à l’est d’Edmonton, en juin 2009.

L’accusé a été arrêté en compagnie d’un autre adolescent après qu’ils se soient échappés d’un foyer collectif et ont été retrouvés alors qu’ils conduisaient le camion volé de M. Boenke. L’accusé a avoué les crimes à la police, mais lors des audiences préliminaires, un juge a estimé que la déclaration n’était pas admissible. Sans cette preuve essentielle, la Couronne a suspendu les accusations.

Aucune preuve des médecins légistes ne liait les jeunes hommes aux meurtres. Leur ADN n’a pas été trouvé sur les lieux et leurs vêtements ne contenaient pas de sang ni de résidus de poudre. L’arme qui a servi à tuer les victimes n’a pas été retrouvée.

En mai dernier, la Couronne a repris les accusations contre l’un des adolescents après que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) eut utilisé un stratagème pour tenter de faire parler les deux suspects.

Dans une décision lapidaire de 84 pages, le juge Burrows affirme que la confession obtenue de cette façon était inadmissible.

Le magistrat a fait remarquer que le stratagème avait été tenté sur un adolescent de 16 ans n’ayant jamais connu son père, dont la mère était absente et qui a subi des sévices sexuels de la part d’un oncle. Il a également vécu dans une série de familles d’accueil, et a reçu un diagnostic pour plusieurs problèmes psychologiques, y compris un déficit d’attention et un cas probable de syndrome d’alcoolisation foetale.

Les agents d’infiltration ont créé des liens d’amitié avec l’adolescent, lui ont donné de l’argent, de la bière, l’accès à un condo, des billets à un match de hockey et à un concert rock, en plus de lui permettre de faire une excursion de planche à neige en montagne. Selon le juge Burrows, l’adolescent avait toutes les raisons au monde de dire à ses nouveaux amis ce qu’il pensait que ceux-ci voulaient entendre, pour continuer de profiter des bonnes choses.

En vertu des circonstances mises en place par la GRC, le juge croit que la confession de l’adolescent violait son droit constitutionnel de ne pas s’accuser lui-même d’un crime.

La GRC a annoncé qu’elle n’enquêterait pas davantage sur cette affaire.

Articles récents du même sujet

Exit mobile version