Un petit scandale a éclaté la semaine dernière lorsqu’une employée du Journal de Mont-réal a réussi à s’introduire à La Ronde avec son lunch en prétextant être musulmane, alors que le commun des mortels est appelé à laisser ses vivres à l’entrée. Près de 20 000 personnes ont signé une pétition pour que ce privilège soit retiré aux juifs et aux musulmans, ou alors pour que tout le monde puisse entrer sur le site de la Ronde avec son lunch.
Or, lundi, La Ronde a précisé sa politique : plus PERSONNE n’aura le droit d’apporter de la nourriture sur son site, sauf pour des raisons médicales. Diabétiques et hypertendus, soyez heureux, puisque le royaume de La Ronde vous appartient.
Contents de cette décision qui, à défaut d’en accommoder certains, pénalise tout le monde, les auteurs de la pétition ont célébré leur victoire et retrouvé la quiétude de vivre dans une société où la flexibilité est le pire des fléaux.
Voici trois raisons pour lesquelles on s’est énervés pour rien dans toute cette histoire :
1. On s’attend d’une entreprise à ce qu’elle soit gentille
La Ronde, ce n’est pas le gouvernement. Ce n’est pas obligé d’être accessible et équitable. Si ça décide que c’est 45,99 $ pour entrer, c’est 45,99 $ (c’est vraiment ça le prix) pour entrer, n’en déplaise à Françoise David. En fait, on peut difficilement trouver une meilleure allégorie des inégalités entre les riches et les pauvres que dans le concept de la passe Flash, qui permet à ceux qui paient un extra de passer en pratique devant tout le monde. C’est à La Ronde que chaque enfant de la classe moyenne comprend quelle est sa place dans la société. Ce qu’il ne sait peut-être pas, c’est qu’il est déjà privilégié de faire la file au soleil durant deux heures pour monter dans le Monstre.
2. On a tellement peur de ne pas «mettre ses culottes»!
Idéalement, on aurait dû s’unir pour contester tous ensemble une décision qui, quoique corporativement légitime, pénalise tous ceux qui veulent pouvoir manger santé à bon prix sur le site de La Ronde. On aurait pu boycotter la place. S’allier à un comité de défense des pauvres* et, armés de lunchs, exiger de pouvoir faire bombance à notre façon. Mais aveuglés par notre peur de ne pas être «maîtres chez nous», on a préféré s’assurer que d’autres que le «nous de souche» (vous savez, ceux qui ne sont pas arrivés par bateau en 1534) n’aient pas d’avantages.
* Raison pour laquelle le comité de pauvres n’aurait pas embarqué? Parce que La Ronde, c’est une activité de riches.
3. De toute façon, les manèges, c’est dangereux
Ne lisez-vous pas les nouvelles? Une mère de famille est morte vendredi dernier après avoir été éjectée d’une montagne russe d’un parc Six Flags au Texas. Pourquoi voudrait-on prendre un tel risque? Je préfère rester chez moi et manger mon houmous à l’abri du danger.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.