J’avais enfin obtenu un médecin de famille. Après plus d’un an d’attente. Enfin, j’étais outillée pour prendre ma santé en main. J’étais toute excitée à l’idée qu’on me tâterait le pouls et analyserait mon sang pour vérifier que tout est correct. Un peu moins excitée à l’idée qu’on s’introduise dans mes parties intimes pour me confirmer qu’aucun papillome ne s’y trouve, mais ça faisait quand même partie de mes attentes.
Pour de vrai, j’aurais aussi bien fait de rencontrer une technicienne en prescription pour voir des vrais docteurs, puisque je suis sortie de là avec trois prescriptions : une pour rencontrer un chirurgien pour vérifier une mini bosse dans mon bras droit, une pour rencontrer un dermatologue parce que 15 ans après l’adolescence, je suis encore victime d’acné, une autre pour aller prendre des prises de sang, après quoi je pourrai rencontrer un gynécologue qui me fera passer le pap-test, que les médecins de famille ne sont, apparemment, plus autorisés à passer. C’est, du moins, ce que j’ai compris : tout s’est passé tellement rapidement que je me suis vite sentie comme une personne âgée qui ne comprend rien quand on lui dit trop vite de faire ça, ça et ça sans lui expliquer pourquoi.
Mes chances de remettre à la semaine des quatre jeudis ces quatre suivis est d’environ 90%. Pas parce que je suis une chokeuse, mais parce que tous les éléments sont contre la réussite de cet ambitieux projet. Notamment parce que la prise de sang (la chose que j’haïs le plus au monde) se donne à 7h30 dans un hôpital où je sais d’avance que des personnes âgées (qui n’ont rien à faire de leurs journées mais qui sont biologiquement plus poussés que moi à être des lève-tôt) auront fait la queue depuis 6h30, ce qui fera que je serai 40e sur la liste et que j’aurai ma prise de sang à 13h, affamée et en proie à une chute de pression. Donne-moi une chance, système. Déjà que j’ai pas le temps, j’ai pas envie, je comprends pas tant que ça la nécessité de prendre une prise de sang, t’aurais pas pu rassembler tout ça dans un même rendez-vous?
J’ai perdu mon temps, mon médecin qui donne des prescriptions pour voir d’autres médecins a perdu son temps, nous, contribuables, avons perdu de l’argent.
J’aime encore mieux engorger les urgences au moindre petit bobo.