Beaucoup se réjouissent que le pape François ait déclaré, lors d’une rencontre avec des journalistes, ne pas être en mesure de juger les homosexuels. «Qui suis-je pour les juger?» a-t-il dit. Comme s’il nous faisait une faveur en nous tolérant. «Il reconnaît que personne n’est parfait», s’est maladroitement exprimé à ce sujet l’abbé Raymond Gravel dans une entrevue accordée à La Presse.
Dans l’Église catholique, cette notion de tolérance est aussi vieille que la femme adultère de l’Évangile. Que celui qui n’a jamais péché lui lance la première pierre, c’est aussi suggérer que les homosexuels sont des pécheurs. La position du Vatican demeure aussi fermée.
Pour plusieurs, c’est quand même déjà pas mal. En Russie, le pape pourrait être arrêté pour avoir fait la «promotion de la tolérance envers les homosexuels», puisque la fédération de Poutine vient de voter une loi qui rend passible d’emprisonnement toute forme de «propagande homosexuelle», incluant l’appel à la tolérance.
Mais je me demande sérieusement ce que l’on fait encore à accorder autant d’importance à ce que dit le représentant d’une organisation qui ne reconnaît toujours pas l’égalité entre les hommes et les femmes en 2013, ce qui serait, à mon avis, la base de tout respect.
Si le propriétaire d’une multinationale défendait des positions similaires – par exemple, s’il interdisait formellement à toute femme d’accéder à un poste de direction – vous seriez les premiers à appeler massivement au boycott de cette organisation. Vous nous feriez signer des pétitions bidon sur Facebook et vous partageriez des galeries de photos pour illustrer la façon injuste dont cette compagnie traite les femmes.
Vous condamneriez le président de n’importe quel pays qui ne donnerait pas le droit de vote aux femmes. Vous tourneriez le dos à votre vedette préférée si elle défendait de telles propositions. MÊME s’il s’agissait de Ryan Gosling. Par quelle espèce de miracle continuons-nous à défendre et à légitimer une telle organisation, à l’excuser continuellement de vivre selon les valeurs d’un autre siècle?
Dans sa rencontre avec les journalistes, le pape a dénoncé les lobbys gais. Au début, je croyais qu’il parlait des Gay Rights Watch, associations de familles homoparentales et autres chorales Ganymède de ce monde, mais non. Il faisait plutôt référence à un regroupement de religieux homosexuels qui auraient infiltré le Vatican pour défendre je ne sais quoi. Les prêtres gais, j’imagine. «Les lobbys gais, c’est mal», a dit le pape.
Pour ma part, c’est contre le lobby catholique que j’en ai. Un lobby qui a ses antennes un peu partout sur la planète et qui continue à maintenir une forme de patriarcat qu’on a rejeté de façon consensuelle depuis des lunes. Et même si ce n’est pas parfait, il reste qu’une femme a le droit de voter en Arabie Saoudite, et pas au Vatican. Alors, que ça ne fasse pas un pli au pape qu’on soit gai, ce n’est pas vraiment important.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.