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Les souverainistes d'aujourd'hui sont-ils les mêmes que ceux d'hier?

Métro, en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde, poursuit sa rubrique «Le Québec en questions». Chaque lundi, on vous invite à participer à une discussion autour d’un thème précis. Dans le journal, trois personnalités et des jeunes ont entamé le débat. Sur le web, il se prolonge avec leurs réponses complètes et vos réactions.

Les souverainistes d’aujourd’hui sont-ils les mêmes que ceux d’hier?

Vue au départ comme une façon de s’émanciper par rapport à la domination anglaise, que représente aujourd’hui la souveraineté? Le Québec est une nation, Stephen Harper l’a dit en 2006. Le Québec a aussi obtenu une présence permanente au sein de la délégation canadienne à l’UNESCO, à Paris. Et la langue française est de plus en plus protégée sur son territoire.

Bien que le but premier du Parti québécois demeure de réaliser la souveraineté du Québec, la chef du PQ semble avoir mis au rancart l’idée de tenir un référendum durant un éventuel premier mandat, pour parler plutôt de «gouvernance nationale». Même les purs et durs semblent s’être adoucis dernièrement.

Autres temps, autres mœurs
Les jeunes vivent quant à eux une réalité différente de celle de leurs parents et de leurs grands-parents. Ils n’ont connu ni discrimination ni batailles entre anglophones et francophones, pas plus qu’ils n’ont été témoin des frasques du FLQ et de la crise d’Octobre. Tout en étant attachée à la nation québécoise, la jeune génération ne semble pas croire que le salut des Québécois viendra avec la séparation du Québec.

C’est du moins ce qui ressortait d’un rapport élaboré après une tournée du Québec fait en 2004. À la suite de plusieurs rencontres avec des jeunes de tous les horizons, les députés Alexandre Bourdeau, Stéphan Tremblay et Jonathan Valois avaient alors conclu que les jeunes jugent la souveraineté incomplète, dépassée et vétuste. Ils considèrent même le débat sur l’avenir du Québec com­me «accessoire et trivial» dans un contexte de mondialisation. Dans un monde où les frontières deviennent de plus en plus théoriques, que signifie maintenant la souveraineté?

Trois personnalités se prononcent


Pauline Marois
Chef du Parti québécois

«Les souverainistes d’hier ne sont pas différents de ceux d’aujourd’hui. Ce qui a changé, ce sont de nouvelles raisons de faire la souveraineté qui s’ajoutent constamment aux premières. J’ai coutume de dire que, pour faire la souveraineté, il y a les raisons du cÅ“ur et celles de la raison.

Lorsque le mouvement souverainiste s’est organisé au Québec, la situation était différente d’aujourd’hui. Les francophones étaient désavantagés économiquement, et il était difficile pour eux de travailler et de vivre dans leur langue. La situation a changé, mais les mêmes préoccupations demeurent. Nous voulons toujours défendre et protéger notre langue.

S’il y a un fil conducteur dans l’action des souverainistes d’hier à aujourd’hui, c’est le rêve qu’un jour les Québécois puissent seuls décider pour eux-mêmes, que ce soit en matière de langue, d’identité, d’économie ou d’environnement. C’est ça, la souveraineté.»


Christian Dufour
Politicologue à l’ENAP et auteur de l’essai Les Québécois et l’anglais

«Depuis 40 ans, la souveraineté se situe au cÅ“ur du Québec. Les chances de la voir réalisée à court terme apparaissent minces dans une société individualiste où la survie de la planète est devenue la priorité des jeunes. Cela dit, sans la souveraineté, les Québécois éprouvent de la difficulté à se projeter collectivement dans l’avenir de façon stimulante, alors que persiste leur mauvaise intégration au sein d’un Canada qui ne reconnaît pas trop le Québec comme société distincte.

L’ADQ s’est effondrée et l’adhésion au fédéralisme reste minoritaire au Québec français. Dans ce contexte, même vieillis et pénétrés par le multiculturalisme à la Trudeau, les souverainistes restent les principaux véhicules de l’affirmation politique du Québec. Il est révélateur que, pour défendre au jour le jour ses intérêts à Ottawa, la nation québécoise s’appuie en 2009 sur un Bloc québécois vigoureux. Cepen­dant, ces élus fédéraux restent par définition incapables de réaliser la souveraineté, tout en s’avérant handicapés par leurs convictions souverainistes dans la réforme du fédéralisme au bénéfice du Québec.»


Joseph Facal
Ex-député du Parti québécois et professeur à HEC Montréal

«Le mouvement souverainiste a toujours été une coalition dans laquelle on trouve toutes sortes de sensibilités. Certains pensent la souveraineté comme une façon de parachever un vieux combat pour demeurer ce que nous sommes. D’autres la voient comme le statut politique qui permet le mieux d’affronter les défis futurs. Ces diverses sensibilités ont toujours coexisté. De ce point de vue, le mouvement reste le même, sauf qu’il s’est bien sûr ajusté à de nouvelles réalités comme la mondialisation et le fait que le Québec s’est modernisé.

Le mouvement souverainiste piétine pour deux raisons. La première est que les Québécois vivent dans le confort, l’indifférence et la méconnaissance de leur propre histoire.

La deuxième est que les  fédéralistes ont réussi à accréditer la fausse idée qu’il serait mauvais, parce que potentiellement suspect de dérapage ethnique, d’affirmer le caractère fondamentalement identitaire du combat souverainiste. Obsédés par la peur d’être taxés de racisme, beaucoup de souverainistes n’osent plus dire l’essentiel : que faire la souveraineté est l’unique manière pour les francophones du Québec d’éviter de devenir une minorité ethnique entretenue, déresponsabilisée, éternellement adolescente et sur la pente douce de l’assimilation.»

L’avis des jeunes

«Un Québec souverain n’a pas toujours semblé qu’un rêve identitaire aux yeux des souverainistes. Le statut de «nation» pour le Québec était mieux défendu à l’époque de René Lévesque, alors que le peuple québécois se trouvait en phase post-Révolution tranquille et que la jeunesse en surnombre par rapport à la génération précédente avait l’impression que tout restait à faire, à construire. Les baby-boomers n’hésitaient pas à militer dans les rues et à crier leur mécontentement.

Qu’est-ce qui a changé depuis? Peut-être l’absence d’un leader assez crédible et passionné pour représenter le mouvement souverainiste, ou encore la transformation du «nous» identitaire en une société beaucoup plus hétérogène. Pourtant, une politique comme celle de Harper devrait raviver la flamme souverainiste et pousser les Québécois à se rebeller une fois de plus. Une chose est certaine : la souveraineté est une conviction qui se cultive! Ne mettons pas de côté cette quête d’identité qui nous anime.»

«La souveraineté aujourd’hui est un tabou, la défaite amère du référendum de 1995 a relégué au second plan la question d’indépendance. Les militants n’occupent plus les rues, le parti n’a plus de modèle phare et les idées semblent avoir été figées quelque part entre 1960 et 1980, moment où le mouvement avançait au lieu de stagner. Donc non, les souverainistes d’hier ne sont pas les mêmes qu’aujourd’hui. L’idée de souveraineté était alors une puissante expression de l’identité québécoise, maintenant c’est un vieux refrain qui a trop tourné. Un discours actualisé saurait peut-être raviver la flamme.»

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