MONTRÉAL – Une figure de proue de la lutte au décrochage scolaire, Jacques Ménard, reconnaît que les commissions scolaires pourraient être plus «efficaces», mais s’inquiète de l’ampleur des compressions budgétaires qui leur sont imposées.
En marge du dévoilement des résultats d’un sondage sur la persévérance scolaire, l’actuel président de BMO Groupe financier pour le Québec a brièvement étayé le fond de sa pensée.
«Je me demande parfois s’il n’y a pas une pensée magique à l’idée de dire que nous allons retirer quelque 100 millions $ (…) sans penser que cela n’aura pas d’impact sur les jeunes, a-t-il dit. J’ai de la misère à croire cela.»
M. Ménard, auteur d’un rapport sur le phénomène du décrochage scolaire, commentait la décision du gouvernement Marois qui a annoncé plus tôt ce mois-ci que les commissions scolaires devront sabrer 100 millions $ du fardeau de taxes refilé aux contribuables, sur une période de deux ans.
Le gouvernement péquiste avait justifié cette décision en invoquant des hausses de taxes excessives. «Ce qui m’inquiète, c’est que les services coupés vont être ceux aux élèves ainsi qu’aux familles», a dit M. Ménard.
«Je crois au rôle des commissions scolaires et je suis le dernier à penser qu’il faut les abolir, a précisé le président de BMO Groupe financier pour le Québec. Est-ce qu’elles doivent être plus efficaces? Oui.»
Selon M. Ménard, des «occasions d’optimisation» des commissions scolaires ont peut-être été ratées au fil du temps.
«Il y a peut-être des habitudes administratives qui relèvent d’une autre époque qui devraient être écartées», a-t-il dit, sans toutefois en ajouter davantage.
Quant au sondage, mené par la firme Léger, il suggère que plus de 40 pour cent des parents craignent de voir leur enfant décrocher lors de son parcours à l’école secondaire.
À l’échelle de la province, 82 pour cent des répondants se disent préoccupés par l’enjeu du décrochage scolaire, une hausse de trois points depuis 2011, souligne l’enquête, réalisée pour le compte de la Fondation Lucie et André Chagnon.
Les parents voient également grand pour leurs enfants, puisque plus de la moitié d’entre eux souhaitent voir leur progéniture obtenir un diplôme universitaire. Un diplôme d’études collégiales serait suffisant pour 26 pour cent des répondants.
De plus en plus, les difficultés vécues entre zéro et cinq ans sont à l’origine de problèmes de décrochage, selon 48 pour cent des personnes sondées. Une proportion similaire de répondants croit qu’il faut investir davantage à ce niveau afin de stimuler la persévérance scolaire.
Présent sur place, le directeur général de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Gilles Peticlerc, a abondé dans le même sens, surtout lorsque les élèves qui connaissent des difficultés auront été dépistés.
«Ma principale préoccupation, c’est que le dépistage soit accompagné des moyens qui vont leur permettre (aux jeunes) une véritable intégration», a-t-il expliqué, en entrevue.
Outre le dépistage et les mesures appliquées en milieu scolaire, Jacques Ménard estime que les parents sont un élément-clé de la réussite de leur enfant.
«Un déterminant de la réussite est à la maison, lors des quatre premières années de la vie du jeune, explique-t-il. Si les jeunes ne sont pas stimulés et préparés à apprendre, ils deviennent à risque.»
Les Québécois semblent également sous-estimer le taux de diplomation au Québec. Les personnes sondées estiment que 63 pour cent des moins de 20 ans obtiennent un diplôme d’études secondaires, alors que la proportion est plutôt de 74 pour cent.
Le coup de sonde suggère également que l’éducation est la deuxième priorité des Québécois, derrière le dossier de la santé, identifié comme prioritaire par plus de 25 pour cent des répondants.
L’enquête de la firme Léger a été réalisée sur le Web du 12 au 4 octobre derniers auprès de 3025 personnes âgées de 15 ans et plus.
Les résultats ont été révélés alors que débutent, le 4 novembre, à Montréal, les Grandes rencontres sur la persévérance scolaire. Le thème sera celui du rôle de la petite enfance dans le cheminement scolaire.