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Sommes-nous obsédés par la météo?

Métro, en collaboration avec l’Institut du Nouveau Monde, poursuit sa rubrique «Le Québec en questions». Chaque lundi, on vous invite à participer à une discussion autour d’un thème précis. Dans le journal, trois personnalités et des jeunes ont entamé le débat. Sur le web, il se prolonge avec leurs réponses complètes et vos réactions.

Sommes-nous obsédés par la météo?

«Il fait un temps de chien.» «Avant que ça arrive, il va faire beau.» «Y fait frette.» «Y va mouiller.» Il n’y a pas à dire, au Québec, la météo a influencé notre vocabulaire. Pas surprenant quand on replonge dans notre passé et qu’on se rend compte à quel point les gens de la terre étaient dépendants des conditions météorologiques. Mais aujourd’hui, après toute la neige que nous avons vu neiger, après toute la pluie que nous avons vu tomber comme des cordes ou à siaux, après les canicules, les grands froids, les vents à écorner les bÅ“ufs, pourquoi la pluie et le beau temps occupent-ils une telle part de nos conversations?

Nous avons une chaîne télé consacrée uniquement au temps qu’il fait. La météo exerce même une influence sur nos actions. Votre mère n’a-t-elle pas accroché un chapelet sur la corde à linge pour empêcher la pluie de tomber le jour de votre mariage? Avec des conditions et des températures aussi extrê­mes qu’ici, il est normal que la météo soit prise en compte. Dans la construction par exemple. On doit concevoir un pont qui survivra au gel et au dégel. On pourrait donc penser que cette «obsession» collective pour le temps qu’il fait est généralisée dans des climats comme le nôtre. Pourtant, on se rend bien compte que, dans le reste du Canada, la météo ne fait pas autant les manchettes.

Rappelez-vous ce pauvre météorologue qui avait subi les foudres de la population après avoir prédit un bel été qui s’était finalement avéré ordinaire. Ou alors, parlez-en à Marcel Trem­­blay, qui avait con­seillé aux Mont­réalais de se munir de crampons pour «affronter» les trottoirs de la ville. Alors, les Québécois sont-ils obsédés par la météo?

Trois personnalités se prononcent


Jean-François Dumas
Président d’Influence Communication

«Ça occupe une place extrêmement importante. En général, ça représente 1,19 % de l’information. C’est comme si, dans un journal de 100 pages, il y avait une page complète par jour sur la météo. C’est énorme.

Dans la dernière année, la météo au Québec a occupé 1,18 % de l’information. C’est plus de place que l’environnement, plus que les nouvelles pancanadiennes. Au Canada anglais, la météo a occupé 0,45 % de l’information, 2,6 fois moins qu’ici. Dans le monde, la météo occupe 0,25 % de l’information, 4,72 fois moins qu’au Québec.

Il ne faut pas oublier qu’il y a 100 ans à peine, la plupart d’entre nous étaient cultivateurs ou bûcherons. Ça a eu un effet sur nos vies, culturellement parlant. Tout ce qui ne tourne pas autour de nous, de notre vie, suscite moins d’intérêt chez nous.Et lLa météo nous concerne et nous intéresse beaucoup !

Ce qu’il y a de bien dans les émissions d’affaires publi­ques, concernant la météo, c’est qu’on peut dire à peu près n’importe quoi puisque personne n’a jamais été poursuivi par dame Nature. C’est  la seule personne qui ne pourra jamais intenter un procès pour diffamation. Si dame Nature était une vraie personne, elle serait chaque jour dans le palmarès des 10 personnalités les plus médiatisées.»


Dominique Charron
Météorologue à MétéoMédia

«Je trouve que le mot obsédé est un peu fort, mais je crois effectivement que les Québécois sont très intéressés par la météo. À MétéoMédia par exemple, en temps de tempête, pour la période des Fêtes ou encore pour les vacances estivales, nos cotes d’écoute vont être plus élevées et l’achalandage sera plus important sur notre site internet. Pendant une tempête, les gens vont nous envoyer des photos ou ils vont appeler sur notre ligne tempête. Même au niveau des tempêtes tropicales, les gens suivent les développements et veulent savoir ce qui se passe.

Je crois que c’est peut-être plus marqué qu’ailleurs, cet intérêt pour la météo. Par exemple, pour aborder les gens, on va parler de la météo. En comparaison, j’avais entendu dire qu’en Chine, la première chose dont parlait les gens était la nourriture. Nous, c’est la température.

Étant donné qu’on a un climat avec des saisons bien déterminées, les gens veulent savoir quelle température il fera pour planifier leurs activités. Je crois que beaucoup de gens planifient leurs déplacements et leurs activités en fonction de la température. Par contre, je ne pense pas qu’on soit prisonnier de notre climat. On n’est pas au point de subir notre météo; on essaie simplement de prévoir.»


Marcel Tessier
Historien

«Nous sommes très obsédés par la météo au Québec et je comprends pourquoi. Aujourd’hui, la météo devient importante parce que les gens veulent savoir s’ils devront partir à 5 h du matin pour aller travailler, s’ils pourront prendre leur avion ou comment ils devront s’habiller.

Seulement, je suis contre la surmédiatisation de la météo parce que nous créons de l’anxiété inutilement.  En annonçant une tempête trois jours avant qu’elle ne survienne, les gens pensent à cela pendant trois jours et ils s’empêchent de faire des choses à cause d’une éventuelle tempête.

Nous avons une chaîne de télévision dédiée uniquement à la météo. C’est rendu un business la météo, d’ici et d’ailleurs. Je crois que les gens d’ailleurs sont aussi obsédés par le temps qu’il fait, mais ici, parce qu’on a un climat difficile, des tempêtes de neige, de la pluie verglaçante, ça complique la situation. Les gens attendent de voir le temps qu’il fera avant de décider de leurs déplacements. C’est grave!

Ce n’est pas si important que ça dans le fond, parce qu’on est bien outillé au Québec pour faire face à notre climat. Ça fait beaucoup de bruit pour rien; il faut bien tenir les ondes et les journaux occupés, et ça amuse le peuple!»

L’avis des jeunes

  • Steelo Kaméni
    21 ans,
    rappeur et étudiant en sciences humaines

«Je pense que oui, et avec raison. Plusieurs activités nécessitent une température propice à leur pratique. Il y a aussi l’habillement. S’il fait trop chaud ou trop froid pour la manière dont on est habillé, ça peut gâcher une journée. Parfois, quand je suis dépourvu de toute source électronique… je regarde encore le ciel!»

  • Simon Lemieux
    29 ans, étudiant

«Pas obsédés à proprement parler, mais puisque nous habitons un pays où les saisons sont si différentes, il est normal que la météo occupe une grande place dans nos intérêts. Et quoi de plus facile, dans une conversation ennuyante, que d’utiliser le sujet universel qui est et sera toujours la pluie et le beau temps? La météo est importante pour nous, et à juste titre.»

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