Le poids du français au Québec a perdu deux points de pourcentage entre 2001 et 2006, soit autant de terrain qu’entre 1951 et 1971, selon le dernier recensement canadien. Face à ce déclin précipité, Charles Castonguay, qui publiait mardi le livre Le français dégringole – Relancer notre politique linguistique, propose de reprendre le débat linguistique à la base et de déterminer ce que doit représenter le français dans la Belle Province. «On est en crise d’orientation, a affirmé M. Castonguay. On ne sait pas où on s’en va. On ne s’entend même pas sur le principe premier de notre politique linguistique.»
La Charte de la langue française, aussi connue sous l’appellation de loi 101, prévoyait, au moment de son adoption, en 1977, que le français soit la seule langue commune des Québécois, a rappelé Charles Castonguay. «Aujourd’hui, le Parti québécois propose une nette prédominance du français, a-t-il ajouté. Mais qu’est-ce qu’une nette prédominance du français? Ce n’est pas possible de bricoler ça pour que ça corresponde au principe du français langue commune. On doit déterminer quel est notre principe directeur.»
L’ancien professeur de mathématiques a aussi déploré le peu de suivi effectué par l’Office québécois de la langue française (OQLF) et le Conseil supérieur de la langue française (CSLF) au niveau de l’utilisation du français dans la province. «Depuis l’entrée en vigueur de la loi 101, en 1977, on ne sait pas quel bout de chemin on a fait, ni quel chemin il nous reste à parcourir, a-t-il regretté. Ça fait plus de 30 ans qu’on réclame une enquête pour suivre l’évolution du français. Mais on n’a même pas une première observation sur laquelle nous baser.»
Le chroniqueur du mensuel L’Aut’Journal ne s’est d’ailleurs pas gêné pour décocher quelques flèches en direction de l’OQLF et du CSLF, qu’il juge trop proches du pouvoir. «Les rapports préparés par France Boucher [l’ancienne présidente de l’OQLF] étaient complaisants et serviles, a commenté Charles Castonguay. De son côté, Conrad Ouellon [président du CSLF] a ignoré des recherches qui concluaient que la loi 101 portait fruit dans les milieux de travail ainsi qu’au primaire et au secondaire. Je ne sais pas s’il s’agit d’incompétence ou de mauvaise foi, de servilité ou d’ignorance dans son cas, mais je penche personnellement du côté de la commande politique.»
La loi 101 au cégep?
- Le Parti québécois a proposé d’étendre la loi
101 aux cégeps afin de contrer l’exode des francophones et des
allophones vers les cégeps anglophones.
- La ministre de l’Éducation,
Line Beauchamp, a indiqué, en entrevue à La Presse canadienne, ne pas
avoir l’intention de suivre cette voie.
- Mme Beauchamp a aussi
expliqué que la solution ne passait pas par le cégep français
obligatoire, mais par la maître d’une deuxième langue au secondaire.
Le français dégringole – Relancer notre politique linguistique
Charles Castonguay
Les Éditions du Renouveau québécois