Une majorité de répondants canadiens non syndiqués ne voudraient pas devenir syndiqués, pouvait-on lire dans les journaux récemment.
Il n’en fallait pas plus pour que le débat sur la pertinence des syndicats soit relancé sur les diverses tribunes, d’autant plus qu’il est de bon ton actuellement de discréditer les syndicats, comme l’affirmait Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, guère surprise des résultats du sondage de l’organisme Info-Travail, lié au patronat, sur l’État des syndicats 2011.
Ce sondage pancanadien indique que 75,3 % des travailleurs qui n’ont jamais été syndiqués ne choisiraient pas de l’être. Toutefois, l’échantillon de 1 000 Canadiens n’est pas détaillé dans sa composition, à savoir les catégories socioprofessionnelles ou encore le niveau d’éducation ou l’âge, pour ne prendre que ces variables dans la pluralité existante.
Par exemple, s’il est évident qu’un médecin ou un avocat n’opterait pas pour la syndicalisation, il se peut que ce soit aussi le cas du jeune travailleur qui voit son syndicat impuissant face à la fermeture ou à la délocalisation de son entreprise. Il n’est pas ainsi dit clairement que les travailleurs, dans l’ensemble, rejettent d’emblée le syndicalisme; ce serait donc moins la pertinence que la marge de manœuvre réelle dont disposent les syndicats dans les faits (lois spéciales, lock-out, indifférence générale et/ou absence de volonté gouvernementale) et la réalité du libre marché qui seraient mises à mal. Car, donnée moins médiatisée, pour les travailleurs syndiqués, ils sont 69,5 % à répondre qu’ils choisiraient de l’être si on leur donnait le choix de nouveau, ce qui n’est pas à négliger.
Partout où il y a une présence syndicale, les conditions d’emploi s’en trouvent améliorées, notamment pour les femmes, davantage concernées par le travail atypique. Selon Statistique Canada (2009), la rémunération horaire canadienne de l’ensemble des employés syndiqués est de 25,24 $, comparativement à 20,61 $ pour les non-syndiqués pour un nombre similaire d’heures travaillées.
Il faut ajouter que le sondage révèle que, pour 79,9 % des sondés canadiens, «les syndicats ont eu un effet très positif ou plutôt positif sur la sécurité d’emploi des employés» et que 52,3 % considèrent toujours les syndicats comme pertinents. Le message antisyndical devient alors moins clair.
Si certains cas de figure alimentent les préjugés, reste qu’il faut davantage penser à ce que nous voulons comme société, comment nous voulons niveler les conditions detravail et les questions salariales, qui influencent l’ensemble de l’économie canadienne. Les syndicats ne sont pas le fruit du hasard. Ils sont la somme des luttes ouvrières dans un libéralisme économique qui n’est pas étranger à l’actuelle tendance à la flexibilité recherchée par les entreprises et la déréglementation du marché du travail.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.