Les cliniques privées et leur complémentarité avec le réseau public sont souvent présentées comme étant LA solution pour désengorger ce dernier. L’argument est bien connu : les patients qui vont au privé libèrent des places au public. Pourtant, et malgré la présence accrue de cliniques privées, aucun miracle ne s’est produit. Le problème persiste, les listes d’attente aussi. Pour une consultation, une opération, des examens, etc.
Il ne faut pas être expert en mathématiques pour comprendre que si plus de médecins optent pour le privé, il en reste moins dans le public. Les médecins n’apparaissent pas par magie : «Le nombre de médecins non participants (au régime public) s’est multiplié par trois ou quatre ces dernières années» (Le Devoir, 1er octobre 2011). Comment le système public peut-il se désengorger si des médecins y font désormais moins d’heures ou plus du tout alors qu’il y a déjà pénurie?
Du côté des patients, il faudrait qu’ils quittent dans une plus grande proportion, ce qui n’aiderait en rien au maintien d’un réseau public. Et encore faut-il qu’ils en aient les moyens : «Frais accessoires croissants en clinique privée : En plus de la carte-soleil, les patients doivent débourser plus de 500 $ pour une colonoscopie» (Le Devoir, 24 novembre 2011). Comme l’acte médical est payé par la Régie de l’assurance-maladie, la facture est composée de frais accessoires, comme 25 $ pour de la gelée lubrifiante et 270 $ pour un sédatif (Versed), lequel se vend environ 35 $ sans marge de profit. C’est cher payé pour s’acheter une santé… un luxe que beaucoup ne peuvent pas s’offrir!
Il faut savoir aussi que dans l’ensemble des «pays qui financent leurs soins de façon privée, on voit une augmentation des coûts» (Le Devoir, 1er octobre 2011). Pas que pour le client, mais pour la société en général. Un exemple? Le nombre de chirurgies sous-traitées à la clinique privée Rockland MD a doublé, ainsi que l’addition pour l’hôpital Sacré-Cœur, qui est passée de 2,4 M$ il y a trois ans à 5,4 M$ l’année dernière, soit une hausse de 125 % (Métro, 4 décembre 2011). Rappelons que cette même clinique s’est déjà fait montrer du doigt à plusieurs reprises pour double facturation et surfacturation tant au client qu’au système public. Alors en plus de compromettre l’accès des pauvres à des soins de santé, la facture est socialement salée.
Malgré tout, la privatisation demeure toujours d’actualité : François Legault, cofondateur de la CAQ, s’est récemment dit ouvert à la santé privée. Il s’y était pourtant opposé en tant que ministre péquiste de la Santé, notamment face à l’ADQ.
Coïncidences : 1) Fusion entre l’ADQ et la CAQ; 2) Le cofondateur de la CAQ, Charles Sirois, est actionnaire de Plexo, une clinique privée. Des liens qui inquiètent l’actuel ministre de la Santé, Yves Bolduc.
Le doute est relancé : des politiciens pourraient-ils avoir l’intention de privatiser de la santé?
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.