On a beaucoup dit du geste de Marc Lépine que c’en était un de réaction à un féminisme qui avait pris trop de place. On doit souvent rappeler qu’il s’agissait d’abord et avant tout du geste d’un malheureux. La commémoration de la tuerie de la Polytechnique devrait nous porter à réfléchir sur les enjeux de santé mentale.
Or, le 6 décembre revient chaque année avec son lot de réflexions sur le contrôle des armes à feu et sur la nécessité du féminisme. Ironiquement, la tuerie de polytechnique est devenue la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, une sorte de mini journée de la femme, n’en déplaise à quelques masculinistes qui voient dans Marc Lépine un héros libérateur de l’homme opprimé. En tuant des femmes juste parce qu’elles étaient des femmes, Marc Lépine a plus fait pour raviver la flamme féministe que n’importe quel discours désincarné. Il nous a fait comprendre du moins que la lutte des sexes ne devait pas être une lutte où les sexes s’opposaient l’un contre l’autre dans une vaine arène de l’oppression, mais devaient s’allier pour l’égalité des droits, des chances.
Qu’un jeune homme se trouve perdu dans un monde qu’on lui avait promis qu’il lui appartiendrait et qui découvre qu’il doit finalement le partager, ça aussi, c’est un problème. Par quel concours de circonstances est venue cette fausse représentation? Malheureusement, on n’aura pas eu le temps de fournir de réponse à cette question que Marc Lépine aura trouvé la sienne. Une réponse tristement revancharde.
D’une manière qui s’en approche, le problème, avec le masculinisme, n’est pas sa lutte, c’est son attitude. Le décrochage scolaire chez les garçons, la garde parentale, la discrimination à l’emploi, la violence faite aux hommes, voilà des problèmes dont nous ne pouvons nier l’existence, à défaut de pouvoir en mesurer l’ampleur. Le problème, avec le masculinisme, c’est l’attitude immature, revancharde, colérique et le contraire d’empathique. Cette attitude ne peut faire autrement que de nous inscrire les uns contre les autres, ce qui n’est pas tellement constructif.
Je suis devenue féministe le jour où on m’a accusée de l’être. J’écrivais quelque chose de pas féministe du tout, de totalement neutre, en fait, quand un lecteur m’a traitée de féministe. J’en ai déduit que pour lui, le seul fait de prendre la parole en tant que femme était en soit un acte féministe. J’ai alors compris l’importance de l’être. Et si on nous vendait ça comme un combat égalitariste, je serais d’autant plus prenante. Parce que le fait que certains hommes aient perdu leurs repères, que ce soit la faute au féminisme ou au paternalisme, est bien réel. Et personne n’a à gagner de le nier.