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C’tait mieux dans l’temps

J’ai ri, mais je n’ai pas que ri en entendant la parodie qu’ont faite Les Appendices de la chanson Dégénération, du groupe Mes Aïeux. J’ai ri, donc, mais j’ai aussi remercié Les Appendices d’avoir mis le doigt sur ce qui m’agaçait tant dans cette chanson : son discours nostalgico-moralisateur.

Un discours qui dit que c’était mieux dans le temps, que nos aïeux étaient donc plus valeureux, débrouillards et travaillants, sans oublier à quel point ils avaient les valeurs à la bonne place, tandis que notre génération s’assoirait dans le confort, la paresse et la morosité, ce qui la rendrait inévitablement nostalgique d’une époque qu’elle n’a jamais connue.

Et je ne parle même pas du couplet où on compare l’époque où nos grands-mères avaient 14 enfants à celle où on «change de partenaire tout le temps» et où on «s’en sauve en avortant». Comment de telles paroles ont-elles pu se frayer une place dans l’inconscient collectif aussi facilement au XXIe siècle? Je me l’explique mal. Surtout quand des gens des générations qui nous ont précédés chantent de bon cœur ces paroles tout en martelant qu’ils ne veulent pas revenir à l’époque où le corps des femmes était contrôlé par la religion.

Parce qu’on nous dit que c’était mieux, mais évidemment, on évacue le fait qu’à cette merveilleuse époque où nos arrière-arrière-grands-pères mettaient du cœur à l’ouvrage pour nous constituer un héritage qu’on dilapiderait dans notre perdition, nos arrière-arrière-grands-mères ne pouvaient pas voter, nos arrière-arrière-grands-oncles homosexuels demeuraient vieux garçons ou, mieux, devenaient curés, l’espérance de vie était plus basse, et la criminalité, plus élevée.

J’ignore quel est l’intérêt de tenir un discours aussi passéiste – à part celui de nous vendre la musique d’une autre époque, selon la parodie –, mais je sais très bien pourquoi ces paroles obtiennent un tel succès. Il semble si facile de vendre au plus grand nombre l’idée que la vie moderne est remplie de périls qui corrompent nos valeurs. Force est d’admettre que, ce faisant, Mes Aïeux mettait lui aussi le doigt sur quelque chose : plusieurs personnes considèrent que leur vie, par comparaison avec celle de leurs aïeux, n’a aucun
bon sens.

C’est vrai, les choses changent, et j’en comprends certains d’être confus par les concepts complexes auxquels les sociétés modernes ont fait face dans les années récentes. Des idées comme les théories du genre, c’est difficile à accepter : qu’est-ce qu’on va faire si on n’a plus ces stéréotypes sexuels auxquels s’accrocher pour comprendre le monde dans lequel on vit? La vie est compliquée, et les repères disparaissent. Ne reste plus qu’une solution : réfléchir par nous-mêmes. Ou encore aller danser.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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