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Le mensonge égalitaire

Il y a quelques années, le slogan de Barbie était : «It feels good to be a girl.» Nonobstant le fait que je trouvais bien ironique qu’un modèle de conformité à des stéréotypes tant de genre que d’apparence nous fasse remarquer à quel point nous étions chanceuses d’être nées avec deux chromosomes X, je me ralliais à cette idée qu’enfin il faisait bon être une fille. Surtout au Québec, surtout au XXIe siècle.

Après tout, nous avons ici, aujourd’hui, les meilleures conditions pour nous réaliser, nous les filles. Nous pouvons aspirer à toutes les professions – sauf gogo-boy, qui demeure réservée aux garçons pour des raisons évidentes – et nous pouvons participer activement à toutes les sphères de la société. Le slogan de Barbie omettait toutefois de mettre en garde les filles contre ce qui les attendait si jamais elles devaient se prévaloir de tous les privilèges que leur conférait le statut d’égale.

Ainsi, on a omis de dire aux filles que si elles réussissaient dans un domaine réservé aux garçons, il se pourrait qu’on décide de souligner leur beauté – qui ne relève pas d’elles – plutôt que de saluer leur talent et les efforts qui les ont menées à la victoire, comme on l’a fait avec Eugenie Bouchard. L’effort, c’est masculin, non?

Qu’il se pourrait qu’un jour dans leur vie on leur demande de poser nues à côté d’un homme en complet cravate pour faire valoir leurs attributs physiques à elles, et ses réalisations professionnelles à lui, comme on l’a fait avec les mannequins de Victoria’s Secret posant en lingerie aux côtés de Jimmy Fallon dans le dernier Vanity Fair, et comme on le fait la plupart du temps pour valoriser une fille dans un magazine.

Que même si elles mettaient tout en œuvre pour faire valoir leurs idées plutôt que leur apparence, en refusant de se maquiller, par exemple, on finirait par souligner leur apparence et leur manque de maquillage, comme on le fait régulièrement avec des candidates de Québec solidaire.

Que le jour où elles tenteraient de se réapproprier à des fins politiques ces parties de leur corps qu’on a décidé de sexualiser depuis des millénaires, elles se feraient remettre à leur place comme les Femen, en se faisant rappeler que des seins sont bel et bien des attributs sexuels.

Et que si elles soulignaient tout ça, on les traiterait probablement de rabat-joie, de féministes frustrées ou, mieux, de «féminazies». C’est en effet tout à fait super d’être une fille!

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