En fin de semaine, j’ai voulu faire quelque chose de totalement incongru : voir le film La vie d’Adèle. Je sais, je sais, je suis pas mal en retard. Toutes sortes de raisons ont fait que j’ai manqué sa sortie en salle : manque de temps, d’envie de sortir au frette, mais surtout manque de temps. Or, la seule salle où le film est encore à l’affiche se trouve à Ste-Geneviève, et il n’est pas encore disponible à la location sur iTunes.
Mais ne croyez pas qu’entre le moment où il est en salles et celui où il est disponible en location, le film se trouve dans une sorte de vortex : son indisponibilité laisse toute la place à des versions piratées. On aura pratiquement de la sympathie pour le cinéphile qui, à défaut de pouvoir visionner l’œuvre en payant de bonne foi, se résout à sombrer dans l’illégalité.
On a longtemps dit que le poids des films expliquait le retard de l’industrie cinématographique à adopter la stratégie de l’industrie musicale pour contrer le piratage en donnant rapidement accès aux œuvres en format numérique de façon légale et payante. Cette excuse paraissait logique jusqu’à tout récemment : les films prenaient trop de place sur les serveurs. Mais avec le nombre de films disponibles aujourd’hui sur Netflix et consorts, je serais plus tentée de croire qu’il s’agit là d’un argument bidon inventé par le lobby des salles de cinéma. Quand monsieur Guzzo dit que le cinéma québécois est en crise parce qu’il ne produit pas assez de films pop-corn, ne fait-il pas que détourner l’attention du fait que les gens n’ont plus nécessairement envie de voir les films, ou du moins, toutes les sortes de films, dans les salles? C’est pas moi qui le dis, c’est la nouvelle présidente de la SODEC, Monique Simard.
Je pointe du doigt les salles, parce qu’honnêtement, je ne vois pas qui d’autre qu’elles a avantage à ce que les films ne soient pas offerts dès le premier jour à la location numérique, pendant que le tapage médiatique bat son plein. Alors que je peux télécharger une chanson dès que je l’entends à la radio, au gré de mon impulsivité, lorsque La vie d’Adèle sortira enfin sur iTunes, mon désir de voir ce film sera inversement proportionnel au temps que j’aurai attendu pour le voir. Je parle d’un film international, mais alors que la liste des nommés aux Jutra vient d’être publiée et que j’aurais envie de rattraper mon retard pour pouvoir apprécier ce gala à sa juste valeur, certains films se trouvent dans ce vortex temporel où il est impossible de les voir. Je ne sais pas ce que les cinéastes pensent de cette situation, mais moi, en tant que spectatrice, ça me rend frue.
La game va aussi devoir changer en télé, mais ça, c’est une autre histoire. Alors qu’une deuxième saison de la série Les Jeunes loups, appuyée par des cotes d’écoute impressionnantes, a déjà été commandée, l’avenir de Série noire, dont le public est plus susceptible de visionner les épisodes sur tou.tv quand bon lui semble – ce qui ne compte apparemment pas dans les statistiques -, est encore incertain. En attendant, les Français font des tours de passe-passe pour apprécier en ligne cette série originale de grande qualité.