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Faire le vide

J’ai longtemps été recherchiste à la télé pour des émissions de société. Chaque fin de saison, quand nous avions atteint le fond du bac à invités, on se rabattait immanquablement sur des psys. Ces gens-là remplissent admirablement bien le temps tout en donnant généralement l’impression de savoir de quoi ils parlent.

Pour boucher des trous, on savait qui appeler. C’étaient toujours les mêmes deux ou trois qui acceptaient sans hésiter toutes nos invitations à se prononcer sur divers sujets comme l’anxiété provoquée par la remise en liberté d’un tueur en série ou par la plus récente augmentation du prix du lait au chocolat. Pourtant, il y avait plein d’autres docteurs de l’âme que nous aurions vraiment aimé recevoir à nos émissions. Ceux-là refusaient toujours nos requêtes parce qu’ils étaient retenus au bureau par leurs clients. Attention, je n’ai pas dit que ce ne sont que les psys les plus insignifiants qui passent à la télé. Je constate seulement que les meilleurs refusaient toujours nos invitations parce qu’ils étaient trop occupés à faire leur job. À partir de là, vous pouvez vous-même tirer vos propres conclusions… 

Le cheptel des psys-toujours-disponibles, aussi appelé «steak-à-kodak» dans le jargon de la télé, se régénère naturellement. Depuis quelques années par exemple, il y en a un qui passe son temps à se prononcer à propos de tout et – surtout – de rien tant à la télé que dans les journaux. Oui, oui, celui-là ! Non, pas Mailloux, l’autre, avec les cheveux blancs. Nous nous garderons ici de le nommer pour ne pas lui offrir davantage de cette visibilité qui semble lui faire tant de bien.

En fin de semaine, il était (encore) à LCN. Il a prédit un moment de déprime aux fans déçus du Canadien. L’an passé, à la suite de l’élimination hâtive des mêmes Glorieux, il avait sagement suggéré aux parents des jeunes partisans d’inciter leurs enfants à en parler.  «L’humain, même tout jeune, a besoin d’exprimer ses frustrations…» Et patati et patata…» Ah ta gueule!  On a bien une journée sans tabac et une journée sans voiture. Pourrions-nous avoir «une journée sans psy à la télé»?  Ils sont les premiers à le dire : il faut parfois faire le vide…

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