Ils sont là, fidèles au poste, à tous les matins, du lundi au vendredi. Juste à côté de la Place Bonaventure, sur Metcalfe, au nord de Saint-Antoine. Non, ils ne sont pas camelots ni squeegees. Quand ils ne font pas des moyens de pression, ils portent l’uniforme de la police de Montréal. Ils sont toujours au moins deux agents, souvent plus et parfois même davantage. Ensemble, ils forment un comité d’accueil d’une redoutable efficacité.
Postés à l’ombre, vous ne les voyez pas au premier coup d’oil, mais eux, ils ne vous ratent jamais. Réglés comme des métronomes, ils font tasser les voitures des conducteurs délinquants sur le bord du chemin pour coller des contraventions. Je n’ai jamais trop compris pour quel délit tant d’automobilistes étaient rappelés à l’ordre. J’imagine que ça doit être grave. Une bonne fois, je le saurai parce qu’un jour, c’est fatal, ça sera mon tour à moi aussi…
Comme vous, je m’interdis de croire qu’il s’agit d’une trappe à tickets. Eille, faudrait être de mauvaise foi pour penser ainsi! Les officiels de la Ville nous l’ont répété assez souvent : «Le devoir de la police, c’est avant tout de protéger le citoyen.» À Montréal, ça crève les yeux comme le fond de nos poches, votre protection n’a pas de prix. Sauf celui qui est inscrit au bas du constat et que vous devrez acquitter dans les trente jours. Soyez également assurés que le Service de police de Montréal se dépense à la tâche sans compter. Sauf pour atteindre le quota mensuel de tickets à distribuer, bien entendu.
La business des contraventions et des amendes à Montréal n’est ni plus ni moins qu’un scandale. Un scandale qui se réécrit à chaque jour à grands coups de contrôles abusifs, d’auto-patrouilles cachées dans des entrées de garage pour pincer quiconque dépasse la ligne d’un poil et de parcomètres aux périodes qui n’en finissent plus d’allonger.
Je ne comprends pas que les policiers acceptent d’être rabaissés au rang de distributrices à contraventions. Je ne peux pas croire que c’est à cette carrière-là qu’ils ont rêvé. Je ne peux pas croire que je suis seul à penser comme ça. Dites-moi que non…