QUÉBEC — Stephen Harper soufflait le chaud et le froid, mardi, pour convaincre les Québécois de voter pour son parti.
Il a commencé sa journée à Québec, en insistant sur la situation économique inquiétante. Il l’a finie à Lac-Saint-Louis, en invitant les Québécois à ne plus bouder le pouvoir à Ottawa, les assurant même de son aise avec leur nationalisme.
Mais cette dernière prestation a été interrompue par un militant environnementaliste.
Le matin à Québec, M. Harper s’inquiétait des turbulences qui secouent les marchés internationaux.
«Il y a des turbulences dans les marchés internationaux et ce n’est pas une bonne chose, ce n’est jamais une bonne chose surtout pour des retraités ou des gens en train de planifier leur retraite. On s’inquiète de ces turbulences et de ces changements rapides», a-t-il déclaré en point de presse à Québec.
Et c’est ainsi qu’il a justifié la publicisation de son appel, lundi, au gouverneur de la Banque du Canada, Stephen Poloz.
«Comme premier ministre, c’est mon job de parler régulièrement non seulement avec le gouverneur, mais avec d’autres analystes à l’intérieur et à l’extérieur du gouvernement pour m’informer de la situation, a fait valoir M. Harper. C’est la responsabilité d’un premier ministre et si le leader d’un parti ne comprend pas ça, ce gars ne devrait pas se présenter comme premier ministre potentiel.»
Cette réponse se voulait manifestement une réplique au leader néo-démocrate Thomas Mulcair pour qui l’appel de M. Harper à M. Poloz illustre l’échec du plan économique des conservateurs.
Mais le chef du PC a longuement vanté le mérite de son bilan économique et fustigé ses rivaux qui proposent des programmes qui, à son avis, seraient synonymes de déficits récurrents menant le pays sur «le chemin du désastre».
Il s’en est pris également aux libéraux de Justin Trudeau qui ont fait appel à Paul Martin pour mousser leur campagne.
«Pendant les années 1990, quand l’économie mondiale avait une meilleure performance que nous, les libéraux ont perdu le contrôle du déficit, a-t-il relaté. Pour équilibrer le budget, ils ont augmenté considérablement les taxes et les impôts, ils ont coupé considérablement les transferts pour la santé et pour l’éducation. C’est tout à fait le contraire du bilan de ce gouvernement», a-t-il affirmé.
À Lac-Saint-Louis, en après-midi, en présence de plusieurs de ses candidats québécois, c’est son bilan dans ses relations avec Québec qu’il a voulu vanter.
«Pour nous, conservateurs, le nationalisme québécois, le nationalisme qui ne débouche pas sur l’impasse de la séparation, n’est pas une menace, au contraire», a affirmé M. Harper, en invitant les Québécois à ne plus envoyer une majorité de députés dans l’opposition à Ottawa, ce qu’ils font depuis 22 ans, a-t-il calculé.
«Après une génération perdue dans une opposition inefficace et stérile», les Québécois ne devraient plus «regarder le train passer», a-t-il insisté.
C’est pendant ce discours qu’un militant environnementaliste s’est manifesté, criant, en anglais: «qui est prêt à s’attaquer aux changements climatiques?». Il a été hué et rapidement escorté à l’extérieur. Son geste relève de l’exploit compte tenu que la campagne conservatrice organise les déplacements de Stephen Harper dans le plus grand secret et ne permet l’accès à ses événements que sur invitation personnelle.
Par ailleurs, le matin, M. Harper a profité de son escale à Québec pour promettre des investissements en appui à la Stratégie maritime du Québec, mise sur pied par le gouvernement libéral de Philippe Couillard.
Si son parti est reporté au pouvoir à Ottawa, le gouvernement conservateur va notamment injecter «jusqu’à» 26 millions $ pour la nouvelle gare maritime à la Jetée Alexandra du Port de Montréal et un même montant pour l’expansion du terminal de croisières Ross Gaudreault à Québec.
Selon M. Harper, ces nouvelles infrastructures permettront d’attirer plus de plaisanciers, et donc de retombées économiques, alors que le marché des croisières en est un hautement compétitif.