Les plus récents chiffres sur le chômage au Québec montrent que les
jeunes sont particulièrement touchés. Zoom sur la situation.
Les jeunes Québécois sont présentement les plus durement touchés par le chômage. Si on compare avec l’ensemble de la population sans emploi, le constat est inquiétant. Plus de 15,7 % des 15-24 ans sont au chômage, alors que 8,4 % de la population en général est sans emploi.
«La situation est vraiment préoccupante, affirme Taoufiq Bendaoud, d’Emploi-Québec. Les jeunes actifs sont pour nous une clientèle prioritaire, car ils sont particulièrement précaires.»
Du 1er avril 2011 au 20 janvier 2012, 11 541 des 79 058 personnes inscrites à Emploi-Québec Montréal avaient moins de 25 ans.
Parmi elles, Marie-Soleil, 22 ans, que Métro a rencontré jeudi. La jeune femme est à la recherche d’un emploi depuis qu’elle a quitté l’université en décembre. «Je pourrais trouver un emploi étudiant, comme vendeuse, mais j’ai un diplôme, insiste-t-elle. Je ne veux pas me dire que je reste à une place juste pour l’argent et pour payer un loyer.»
Marie-Soleil cherche un emploi dans la mode et le design, mais peine à trouver, comme la plupart de ses camarades. «Dans ma classe, on était neuf. Seulement trois ont trouvé une job. On nous demande toujours des qualifications et de l’expérience. C’est vraiment dur quand on sort de l’école», confie Marie-Soleil.
Après avoir cherché longuement sur l’internet, elle se tourne désormais vers Emploi-Québec pour trouver sa voie. «La meilleure façon de lutter contre le phénomène, c’est d’aider les jeunes dans leurs démarches de formation et d’insertion sur le marché de l’emploi», déclare Taoufiq Bendaoud.
Ainsi, 1 823 jeunes participent aux programmes de formation qu’Emploi-Québec met en place, pour lutter notamment contre le décrochage scolaire. La proportion des élèves ayant décroché, dans les rapports, est alarmante. L’an dernier, près de 20 % d’entre eux se sont retrouvés sans emploi, quand seulement 7,2 % des diplômés universitaires ont peiné à trouver un emploi.
À Montréal, le taux de chômage chez les 15-24 ans est plus élevé de 2,3 points que dans le reste du Québec ,où il avoisine les 13,4 %. Cet écart serait structurel, selon l’économiste Hugues Leroux. «Neuf immigrants sur 10 s’installent sur l’île, et les nouveaux arrivants ne s’intègrent pas toujours tout de suite au marché du travail, analyse-t-il. L’offre de formation montréalaise est très attrayante, et on trouve naturellement beaucoup de jeunes venus étudier, parmi ces migrants».
Le rapport de janvier 2012 de Statistique Canada indique que le chômage des jeunes a baissé depuis 2009, passant de 20 % à 15,7 % actuellement. Une bonne nouvelle, même si le problème est loin d’être résolu. «C’est sur le long terme qu’il faut étudier le phénomène. Comparer les chiffres de mois en mois n’est pas parlant», indique Hugues Leroux.
Emploi-Québec estime qu’en 2015, le taux de chômage devrait rejoindre celui que la province connaissait avant la récession, soit en dessous des 9 %. Le taux de chômage des jeunes devrait lui aussi baisser.
Une situation normale
«L’écart entre les plus jeunes chômeurs et le reste de la population est structurel et a toujours existé, fait observer l’économiste Hugues Leroux. Cela vient du fait que la plupart de ces jeunes étudient encore et courent les petits boulots alimentaires. Ils ne sont pas encore vraiment sur le marché du travail.»
L’économiste d’Emploi Québec impute ce fort taux à la présence de nombreux étudiants dans les décomptes. À cela s’ajoute le fait que la population active des jeunes a baissé, alors que la fréquentation scolaire a augmenté au cours de la même période. «Les jeunes restent plus longtemps à l’école ou la réintègrent. Étant donné leurs qualifications de plus en plus complètes, le temps d’insertion des 15-24 ans est forcément plus important», fait observer M. Leroux.
Le taux d’emploi après l’obtention d’un diplôme d’études collégiales (DEC) était de 65,7 % en 2009. La même année, 70 % des titulaires d’un doctorat avaient un emploi à temps plein ou à temps partiel.