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Le registre québécois des cancers n’est pas fonctionnel, selon un groupe

La coalition priorité cancer (CPC) déplore l’absence d’un registre fonctionnel des cas de cancer à l’échelle de la province, un système essentiel pour la santé publique qui piétine depuis plus de 10 ans.

Pourtant, le Québec s’est fait offrir deux fois, en 2005 et 2010, des systèmes fonctionnels qui auraient pu être implantés à plus faible coût que le registre non fonctionnel actuellement en place, développé par Québec, selon la CPC.

Québec aurait pu obtenir un registre d’une firme ontarienne pour quelque 3,5 M$, une dépense qui aurait pu être tempérée par une subvention de 1,7 M$ de la part du Partenariat canadien contre le cancer. Québec a plutôt choisi d’aller de l’avant avec son propre système et a perdu du coup cette subvention.

Selon la CPC, Québec a dépensé jusqu’ici au bas mot 8 M$ sur ce registre qui n’est toujours pas accessible pour les médecins.

«On nage encore en plein brouillard», affirme la présidente de la CPC, Nathalie Rodrigue, qui juge que présentement le système de santé comporte des «banques de données disparates» pour chaque région, mais qu’il est impossible d’avoir une vue d’ensemble.

De plus, ces banques de données ne comportent que des informations sur quatre types de cancer, soit le cancer du sein, du poumon, du côlon et de la prostate, les types de cancers les plus courants.

Le président de Association des médecins hématologues et oncologues du Québec, Dr Martin Champagne, a confirmé que les spécialistes qu’il représente réclament un registre efficace.

«Comme oncologues, on est effectivement préoccupés par le manque de données générales au Québec, a-t-il affirmé, en ajoutant qu’un tel système permettrait d’améliorer les programmes de prévention et de dépistage. On a besoin [d’un registre] pour pouvoir convaincre nos administrations d’intervenir dans un champ x ou y, ce qui va nous permettre de lutter plus efficacement contre le cancer.»

«Je travaille dans un hôpital communautaire, et je n’ai pas de données sur le cancer dans le territoire que je dessers, déplore-t-il. Au delà de simplement savoir le nombre de cancers, il faut savoir à quoi on a affaire. Le Québec est la seule province qui n’a pas un registre pleinement fonctionnel.»

Le Dr Champagne explique que des données précises et récentes sur le cancer permettraient par exemple de déterminer les besoins spécifiques de chaque territoire, et d’allouer les ressources nécessaires de façon ciblée.

«Si tu t’aperçois que les cancers du sein sur ton territoire sont plus souvent diagnostiqués métastatiques quand dans le territoire d’à côté, ça te dit que peut-être tu as un problème avec la pénétration de ton programme de dépistage», illustre-t-il.

«Présentement, les décisions sont relativement arbitraires, elles sont jaugées sur le gros bon sens local ou régional, mais on a besoin d’une meilleure mesure. Gaétan Barrette veut arriver à mesurer la performance. [Un registre] est un outil de performance, qu’on le fasse fonctionner», a-t-il suggéré.

Du côté du cabinet du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, on a affirmé que le gouvernement veut mettre sur pied un registre central «dans les meilleurs délais».
«Les travaux avancent. À ce jour, nous avons notamment mis en place des registres locaux dans 65 établissements du réseau», a fait savoir Julie White, l’attachée de presse du ministre.

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