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09:04 2 septembre 2020 | mise à jour le: 2 septembre 2020 à 09:46 temps de lecture: 3 minutes

La tronche à John A.

La tronche à John A.

Comme plusieurs, je lis depuis ce week-end analyses et commentaires sur le déboulonnement, parlons euphémismes, de la statue de John A. Macdonald, premier chef de gouvernement canadien. L’affaire en appelle à maintes nuances, certes. Prendre le temps de bien se faire une tête collective, aussi. Malgré ce, les réactions subséquentes aux événements de la fin de semaine laissent, en un sens, pantois.

Selon François Legault, le monument sera restauré, tête comprise. Le populaire premier ministre est ici appuyé, plus fort que moins d’ailleurs, par la mairesse Plante. Fascinant, faut-il avouer, de constater une alliance aussi improbable dans la défense de l’indéfendable, soit l’héritage de l’orangisme.

Parce que s’il est convenable, en matière de reconnaissance des contributions politiques, reste ici que le présent cas en est un d’espèce. Dixit les désaccords idéologiques, méprises en ce qui concerne la lecture de l’histoire ou préférences sur le plan du style, le bilan de Macdonald en appelle à un autre cadre de référence: souhaite-t-on, au Québec, continuer d’honorer la mémoire d’un homme d’État ayant fait adopter l’inique Loi sur les Indiens?

Qui a créé les ignobles pensionnats et les réserves autochtones? Procédé à la mise à mort de Louis Riel malgré un procès au jury à la composition douteuse, et «même si tous les chiens du Québec devaient aboyer en sa faveur»? Provoqué et profité de la plus grande magouille économique de l’époque, soit le projet du Canadien pacifique? Fait adopter une loi pour empêcher Noirs et Chinois de voter aux élections? Défendu, ici même au Canada, la supériorité de la race aryenne? Affirmé que la «démocratie constitue la tyrannie des masses»?

C’est cet héritage, donc, que certains souhaitent continuer d’honorer? Parce que oui, une statue (n’en déplaisent aux pigeons), rend hommage. Probablement l’un des plus grandiloquents, d’ailleurs, qu’il soit.

«Souhaite-t-on […] continuer d’honorer la mémoire d’un homme d’État ayant fait adopter l’inique Loi sur les Indiens?»

On s’inquiétera de cette néo-manie «d’effacer l’histoire». Confusion sémantique ou conceptuelle, à mon sens. Parce que personne, au grand contraire, ne parle de jeter l’héritage Macdonald aux oubliettes. Plutôt de le descendre de son piédastal, propre comme au figuré, du fait de son… héritage. Divisif, délétère et nocif, celui-ci mérite certes d’être rappelé dans les livres d’histoire, particulièrement en ces temps de recul pour le vivre-ensemble. Mais d’être souligné à coups de statue? Come on

En fait, quand on y porte attention, quelle démocratie et quel État de droit accepteraient de rendre hommage aux fossoyeurs de ses socles philosophiques et valeurs fondamentales?

Ainsi, n’est-il pas parfaitement incongru, sinon farfelu, de voir actuellement un premier ministre québécois et une mairesse respectivement auto-proclamés nationaliste et pro-autochtone souhaitant préserver l’hommage rendu à un enfoiré d’exception spécialisé en pratiques racistes institutionnalisées? En fait, si nos politiciens s’intéressaient davantage à l’Histoire qu’au politically correctness, les tronches toxiques seraient dirigées d’emblée (et sans violence) là où elles appartiennent: dans un musée par lequel on rappelle, sans glorification indue, les bilans honteux.

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