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15:36 15 avril 2016 | mise à jour le: 18 avril 2016 à 09:47 temps de lecture: 4 minutes

Où est-on rendu, exactement, Guy Nantel?

Où est-on rendu, exactement, Guy Nantel?

Il était divertissant d’observer cette semaine la mini-querelle opposant le rédacteur en chef du Voir Simon Jodoin et l’humoriste Guy Nantel au sujet d’un statut Facebook publié par ce dernier à propos d’une vidéo montrant Justin Trudeau, coiffé d’un bandeau lors d’une cérémonie sikh. La publication était précédé de la phrase suivante: «Bon ben, on est rendu là ça a l’air».

Était-ce une blague? Un commentaire social? Dans des publications subséquentes, Guy Nantel a affirmé qu’il s’agissait des deux, même si on se demande ce qu’il y a de drôle, et où se trouve le commentaire social, dans ce qui a toutes les apparences d’une réaction de quidam (sans vouloir mépriser les quidams) reflétant le début d’une réflexion floue face à un enjeu complexe. «Bon ben, on est rendu là ça a l’air».

On est rendu où au juste? Le statut ouvre à toutes les interprétations. On est rendu avec un premier ministre qui porte un bandeau. On est rendu qu’on offre enfin ses excuses envers la communauté sikh pour un impair commis en 1914.  On est rendu à se plier aux exigences d’une religion minoritaire. On est rendu envahis par les sikhs. On est rendu tellement ouverts d’esprits que c’est l’fun on est honorés par nos concitoyens sikhs. Ciel! On est rendu au Pendjab!

L’explication est venue suite à la critique de Jodoin. En gros, le «Bon ben, on est rendu là ça a l’air» de Guy Nantel, c’était pour critiquer le ridicule de Justin Trudeau et de Mélanie Joly d’être allé «faire les clowns pour licher le derrière de la communauté sikh», le «vote religieux de plus en plus puissant dans cette belle société multiculturelle et multireligieuse qu’est le Canada», le fait que lorsqu’un «sikh est invité à une cérémonie officielle au Canada, on doit à tous les égards respecter son choix vestimentaire» sans que ça soit réciproque, etc.

Bien sûr, tout ça était contenu dans le «Bon ben, on est rendu là ça a l’air».

Et même si on avait été assez malin pour lire entre les lignes finement scriptées de Guy Nantel, faudrait-il se taire et s’abstenir de critiquer cette idée selon laquelle il est inacceptable qu’un Premier ministre adopte les codes culturels et religieux d’un groupe minoritaire et marginalisé (faut-il rappeler que la semaine dernière un sikh se faisait tabasser par des badauds à la sortie d’un bar de Québec?) auquel il vient de présenter des excuses longuement attendues sous prétexte qu’on n’exigerait pas des minorités qu’elles s’adaptent à la culture dominante (ce qui d’ailleurs est complètement faux)?

«Jamais je ne cesserai [de faire des blagues] sous prétexte que quelques tartes prennent tout au premier degré», écrit-il dans un statut d’explications. Concernant ce fameux «Bon ben, on est rendu là ça a l’air», il est bon de se demander quel était le premier degré, et quel était le second, au juste. Ce n’est toujours pas clair. M’enfin.

Dans un second statut au sujet de cette «saga», Guy Nantel assimile la critique qu’il a subie à de la «censure». Et au sujet de la liberté d’expression, il écrit: «Les messages agressifs que j’ai reçus me font réaliser combien il faudra être rigoureux pour préserver ce grand privilège». Une critique n’est pas une menace à la liberté d’expression, elle en est plutôt… l’expression. Mais en effet, oui, il faudra être plus rigoureux, quand on est une personnalité publique, avant de taper sur son clavier le genre de réflexion (rappelons la phrase, pour le fun: «Bon ben, on est rendu là ça a l’air») ce que n’importe quel individu peut concevoir dans son salon en écoutant LCN (ou RDI, tiens, ne faisons pas de jaloux). Je pense que les gens s’attendent tout simplement à mieux d’un humoriste, surtout s’il prétend faire de l’humour intelligent.