Sylvain Ménard
02:00 24 juillet 2018 | mise à jour le: 24 juillet 2018 à 02:00 temps de lecture: 4 minutes

Correspondance caniculaire

Correspondance caniculaire

Salut toi,

Alors, comment ça file? Tu m’excuseras pour mon faux bond de la semaine passée; imagine-toi donc que Jean-Charles, mon vieux chum de chat, est arrivé au bout de ses neuf vies. Un autre blocage urinaire. Pauvre lui. Il était rendu à ses 13 ans : j’aurais été totalement égoïste de lui infliger une autre chirurgie, qui l’aurait de surcroît fort probablement laissé hypothéqué. Mais crisse que c’est contre nature d’avoir le droit de vie ou de mort sur un animal qui nous a tant apporté. Je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi.

J’ai donc passé la journée de dimanche tout seul chez nous à renifler ma peine et à remplir ma corbeille de Kleenex. Pas capable d’écrire une maudite ligne. Depuis une semaine, je vois mon gros poilu noir un peu partout. Il est là, dans le fond de la cour, dans le cadre de porte du salon ou littéralement répandu sur sa chaise préférée. J’imagine que mon Jean-Charles a laissé derrière lui un fantôme pour m’aider dans mon deuil. Ça, c’est tout lui. Cré J-C…

Quand je vais déménager, je vais essayer de convaincre mon nouvel ami le fantôme de faire le voyage en première classe vers ma nouvelle demeure. Et il aura droit aux meilleurs égards, c’est garanti.

Ça serait bien si, pendant la canicule, les aléas de la vie pouvaient prendre des vacances. Ça n’arrive malheureusement pas.

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Chaque été, il y a un sujet qui prend le dessus dans les médias. C’est immanquable. Rappelez-vous l’été 2007 quand, pendant deux longs mois, on a été pris avec les algues bleues. L’enfer. L’année suivante, ça avait été la malpropreté dans les piscines publiques et les bobos qui venaient avec. Et que dire des punaises de lit dans les camps de vacances et des saucisses à hot-dog à saveur de salmonelle…

Cette année, «l’événement», c’est tout ce qui touche de près ou de loin à Robert Lepage… On m’aurait demandé au mois de mai de parier sur l’histoire qui allait nous coller dessus comme une teigne tout au long de la canicule et je n’aurais j-a-m-a-i-s misé un vieux noyau de prune là-dessus! J’en reviens toujours pas. On parle de ROBERT LEPAGE, simonac! De «la polémique SLĀV» à «l’affaire Kanata», la valse des bien-pensants et des ayants droit n’a pas fini de nous donner le tournis. De là mon haut-le-cœur, j’en suis sûr…

Pour vous donner une idée, l’autre soir, y avait Betty Bonifassi qui faisait partie du panel de l’émission Y’a du monde à messe. Je n’ai même pas été capable de la regarder. Tout simplement parce qu’à la suite du procès d’intention totalement injuste qu’on lui a fait subir ces derniers temps, j’éprouve un puissant malaise. Un malaise qui s’apparente à une forme de honte. La réplique des gens qui appuyaient la démarche de cette artiste – et celle de Robert Lepage par conséquent – n’a été ni assez forte ni assez soutenue. Y a pas de quoi être fier.

Pourtant, le constat est facile à faire: avons-nous les moyens, en tant que société, de nous priver de chanteuses du calibre de Betty Bonifassi? Avons-nous les moyens de nous priver du génie de Robert Lepage? Je jette un coup d’œil autour de moi et il me semble que non.

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Vu: le documentaire Three Identical Strangers, une histoire tout aussi vraie que rocambolesque survenue dans l’État de New York en 1980. Séparés en bas âge, adoptés et élevés par trois familles de classes sociales on ne peut plus différentes qui ne savaient rien de leur fraternité ni de leur provenance, des triplets identiques se retrouvent et vivent, dans un tourbillon médiatique fulgurant, un véritable conte de fées à l’américaine. Jusqu’au jour où des questions surgissent sur leurs origines et sur le rôle qu’on a voulu leur faire jouer au nom de la science. En un mot, ce documentaire est passionnant. Et aussi, d’une tristesse consommée. À voir au Cinéma du Parc et au Forum.

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L’éclat de rire de la semaine: le premier ministre du Québec Philippe Couillard qui, au beau milieu du conflit à la SAQ, sous-entend qu’il est prêt à reconsidérer le monopole de la société d’État. Hummm…

Plus subtil que ça, tu plantes un baobab dans une boîte à fleurs.