Art de vivre
18:07 29 mai 2013

Les fantômes de la bourgeoisie continueront de nous hanter

Les fantômes de la bourgeoisie continueront de nous hanter
Photo: Lemay

Bien que le chantier du complexe hôtelier Mount Stephen soit encore loin de la ligne d’arrivée, cet ambitieux projet de la firme Lemay a déjà remporté un prix national : le Award of Merit du magazine Canadian Architect.

Une mention d’excellence pour souligner l’avant-gardisme de ce concept de 25 M$, mais surtout, pour la mise en valeur d’un joyau de l’architecture bourgeoise du XIXe signé William Titus Thomas. Un héritage que bien des Montréalais n’ont jamais réellement eu la chance de visiter, ayant été réservé pendant de longues décennies à l’élite financière et politique, ainsi qu’à des réceptions privées. Une époque enfin révolue, avec la nouvelle vocation hôtelière du site qui permettra dorénavant d’ouvrir les portes de cette richesse patrimoniale à une toute nouvelle clientèle.

Mais cette ancienne résidence de la rue Drummond ne constitue en réalité que le noyau de départ de ce futur complexe du Groupe Tidan, qui comprendra à terme 80 chambres, des services de banquet pour 500 convives, des salles de réunions, un spa, un centre d’entraînement et un stationnement souterrain. Un ajout majeur de 12 étages s’érige actuellement à l’arrière du site et agira comme toile de fond pour mettre en valeur l’édifice historique.

«On s’est posé la question dès le départ : comment fait-on pour ne pas dénaturer ou concurrencer le bâtiment existant, m’explique Michel Lauzon, associé principal création chez Lemay. On a choisi comme stratégie de travailler sur une idée de contraste, d’arrière-scène relativement neutre, mais tout de même novateur pour attirer les regards.» Le choix s’est ainsi arrêté sur une façade pixélisée, inspirée des motifs de tapisserie et de dentelle traditionnellement utilisés dans l’architecture victorienne. Un choix de design qui risque de s’avérer payant sur le plan esthétique et qui forcera l’enveloppe extérieure à constamment évoluer au cours de la journée, particulièrement le soir, avec la lumière émanant de l’hôtel à travers une série de fenêtres aux grandeurs variées.

L’autre élément intriguant derrière ce concept, c’est le design atypique des chambres caractérisées par des thématiques, telles que la Romantique, la Nomade ou encore la Rock Star. «Souvent, un hôtel est composé de chambres très similaires qu’on modifie avec le nombre de lits ou avec l’ajout d’un salon, poursuit l’architecte. On a plutôt travaillé de notre côté sur une dizaine de types de chambres adaptées spécifiquement aux besoins de clientèles précises. Par exemple, pour le modèle destiné aux gens d’affaires, l’accent est mis sur l’espace de travail plutôt que sur le lit. […] Dans la Romantique, la salle d’eau est au centre de la pièce et le lit est sur un podium. Chaque unité propose donc une expérience différente.»

Cette proposition réussira-t-elle à arracher une clientèle normalement abonnée aux grands hôtels de la métropole, allant du Ritz Carlton jusqu’au St-James? C’est du moins l’objectif à peine caché des investisseurs, qui auront le mérite d’introduire en sol montréalais, quelque part en 2014, une signature architecturale à la hauteur de notre titre Ville UNESCO de design.

Pour consulter le portfolio complet de Lemay.