Art de vivre
19:29 8 janvier 2014 | mise à jour le: 30 octobre 2014 à 10:12 temps de lecture: 6 minutes

De quoi sera fait 2014, côté bouffe?

De quoi sera fait 2014, côté bouffe?
Photo: Martin Juneau

L’année 2013 a certainement été celle de la cuisine de rue, de l’eau de coco, du cronut, du yogourt grec (encore, et ça continue), du vin nature et peut-être, dans une moindre mesure, du retour des grains anciens comme le kamut et l’épeautre.

De quoi sera faite 2014? Bien qu’il soit toujours difficile de prévoir l’avenir, on peut voir les esquisses qui se dessinent en ce début d’année. Métro a donc demandé à quelques personnalités des mondes agroalimentaire, gastronomique et vinicole quelles seront les tendances à surveiller dans les mois à venir. Portrait.

Les légumes
Jean-Philippe Tastet, dans sa préface du guide Mixeur des 100 restos créatifs à Mont­réal, croit fermement que 2013-2014 «sera une ode aux légumes dans la scène gastronomique montréalaise». Même son de cloche du côté du chef Martin Juneau, qui «rôtit des grosses racines de persil entières et les tranche comme un carpaccio» à son restaurant Pastaga. «Après la tendance des mégapièces de viande à partager, c’est au tour des légumes», ajoute-t-il.

La bière sûre
Dans l’univers brassicole, Martin Thibault, coauteur du livre Les saveurs gastronomiques de la bière, croit que 2014 sera marquée par l’arrivée des bières sûres, acidulées, dans les microbrasseries québécoises. Un style de bière qui gagne du terrain en Amérique du Nord, mais qui est encore très marginal au Québec.

Les amateurs pourront trouver dans certains dépanneurs la Gueuze La Spontanée ou la Ptite Gueuze de la Ferme brasserie Schoune. Dans quelques succursales de la SAQ, les bières belges la Mort Subite Kriek et la Mort Subite Framboise sont aussi de bons choix.

«Ce qui est très tendance, également, chaque année, c’est l’ANTI-tendance!» –Martin Juneau, chef propriétaire du Pastaga, restaurant et vin nature

 

Le vin rosé et les bulles
La sommelière Élyse Lambert prédit une augmentation de consommation du côté du vin rosé et des bulles.

Elle espère en revanche «qu’il va y avoir un essoufflement du vin nature, une prise de conscience par rapport à ça pour arrêter de vendre n’importe quoi sous le couvert du vin nature».

Les huiles bio du Québec
Dans la cuisine de Martin Juneau, on verra les huiles de tournesol, de canola et de cameline remplacer l’huile d’olive. Quant au vinaigre, on utilise celui «de cidre pour remplacer le “outissime” vinaigre balsamique», soutient le chef du Pastaga.

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Les tables communales

«La génération Y adore manger en groupe, dans cette mouvance-là, on voit apparaître de plus en plus de tables communales, constate Louis Giguère, de l’agence de marketing Enzyme. On n’avait pas assisté à ce phénomène depuis les années 1930.»

Une tendance qu’on peut observer dans le nouveau quartier branché de Brooklyn, Bushwick. Ici, à Mont­réal, on peut notamment s’attabler en groupe au Régine, au restaurant Maïs ou encore au SoupeSoup.

Selon M. Giguère, 55% des gens de la génération Y aiment l’idée de manger à une table communale, contre 42% des X et 22% des baby-boomers.

Le sans-gluten
On a vu exploser l’offre en produits sans gluten en 2013, et ça continuera, croit fermement Sophie Suraniti, rédactrice culinaire et auteure du guide Mixeur des 100 boutiques gourmandes à Montréal. L’engouement pour le sans-gluten dépasse maintenant les limites de la rangée «santé» du supermarché; les boulangeries, les restaurants et les pâtisseries tentent aussi de répondre à la demande.

D’autres tendances
Sur le web, nombreux sont les sites qui y vont de leurs prédictions. Voici quelques-unes des tendances glanées sur la toile.

  • Le poulet
  • La cuisine moyen-orientale
  • Les sandwichs à la crème glacée
  • Le sans-sucre
  • Les cocktails à base de thé
  • Les boissons à base de noix comme le lait d’amande ou de cajou
  • L’huile d’olive

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Les Y viennent changer la donne

La génération Y a atteint 30 ans et, en raison de son importance démographique, chamboulera l’industrie en apportant de nouvelles habitudes de consommation, croit Louis Giguère, vice-président commercialisation, stratégie de portfolio et innovations de l’agence de marketing Enzyme.

«Les Y amènent des bouleversements dans l’offre alimentaire parce qu’ils sont originaux», précise le spécialiste en marketing agro-alimentaire. Les Y sont des «précurseurs de nouvelles habitudes de consommation et modes de vie, d’une quête de bien-être qui marie plaisir et santé, et d’une recherche de produits différents et nouveaux», estime l’agence Enzyme, qui a présenté les grandes tendances à venir dans le monde agroalimentaire.

En marketing, les jeunes trentenaires sont la nouvelle cible. Ils finissent leurs études, entament leur vie professionnelle, achètent une maison, une voiture, ont des enfants; ils consomment. Sur le plan alimentaire, ils ont aussi leurs caractéristiques propres. Louis Giguère explique en quoi ces caractéristiques influenceront le monde de la bouffe.
foodies génération Y

  • Les Y ont vécu dans la diversité. De ce fait, ils ont une grande ouverture sur le plan des goûts, ils n’ont pas peur des nouvelles saveurs.
  • La neutralité des genres. Au sein de la génération Y, on ne parle plus d’égalité des sexes, mais de neutralité des genres. Par exemple, 60% des hommes de cette génération disent aimer cuisiner, contre 61% des femmes. Une donnée qui laisse entrevoir un changement de cap dans la manière de «vendre» la nourriture, alors que, depuis longtemps, la femme, «reine du foyer», est visée par les publicités.
  • Manger est une activité branchée (au sens de wired), une activité sociale. «Quand je mange, j’en parle», explique Louis Giguère, en parlant des jeunes foodies qui parlent bouffe sur les réseaux sociaux, notamment.