Art de vivre
19:49 4 janvier 2016 | mise à jour le: 4 janvier 2016 à 19:49 temps de lecture: 5 minutes

Les produits de beauté contre la planète

Les produits de beauté contre la planète
Photo: Archives MétroJar of cosmetic preparation Spa & Wellness

L’industrie des cosmétiques cache un côté moins joli : elle menace de détruire l’environnement. Malgré les sommes investies dans la recherche et le développement de nouveaux produits, beaucoup contiennent encore des ingrédients nocifs, non seulement pour la peau, mais également pour la planète.

Microbilles
Le Canada s’apprête à ajouter les microbilles à la Liste des substances toxiques de la Loi canadienne sur la protection de l’environnement, et le Congrès américain devrait bientôt lui emboîter le pas. Les microbilles de plastique, utilisées comme agent exfoliant dans des dentifrices, des exfoliants et des savons, polluent les cours d’eau.

«Les microbilles contribuent aux problèmes environnementaux», affirme l’environnementaliste Bruce Lourie, auteur de Toxin Toxout. Selon l’activiste canadien, il s’agit de «l’idée la plus stupide» des cosméceutiques. «Les entreprises devraient évidemment procéder à un examen de conscience, mais parfois vous ne découvrez les problèmes qu’après plusieurs années d’utilisation.»

«Dans le cas des microbilles, je pense que l’industrie n’a pas réfléchi avant d’intégrer des particules de plastique aux produits de soins», ajoute M. Lourie. Dès qu’on rince le produit, les microbilles sont évacuées vers les égouts et aboutissent dans les rivières, les lacs et les océans et éventuellement dans l’estomac des poissons et des oiseaux.

Cela dit, il ne faut pas montrer du doigt tous les exfoliants, car ils n’en contiennent pas tous. «D’autres éléments abrasifs, comme le sable ou le sel de mer, peuvent être utilisés», fait valoir l’expert, précisant que l’ajout de microbilles de plastique ne date que de quelques années.

Métaux lourds
Parmi les substances qui entrent dans la fabrication des produits de beauté, les consommateurs pourraient être surpris de savoir qu’on y retrouve des métaux lourds comme le mercure, le plomb et le cadmium. Ces éléments toxiques sont aussi connus pour être des perturbateurs du système endocrinien et endommager les organes vitaux, en particulier le cerveau, le cœur et le foie.

L’Organisation mondiale de la Santé les soupçonne également d’affecter les fonctions reproductives, d’augmenter les risques de cancer du sein, de perturber la croissance des enfants et leur développement neurologique, et même de modifier le système immunitaire. «Ce n’est pas bon de retrouver ces substances dans notre corps, mais de surcroît, la plupart de ces produits finissent dans nos systèmes d’eaux usées pour ensuite altérer nos écosystèmes», continue M. Lourie.

Dangereux antibactériens
Ajouté à toutes sortes de produits, comme les désinfectants pour les mains, les déodorants et les savons, le triclosan inquiète la communauté scientifique, puisqu’il pourrait causer une résistance aux bactéries.

«Quand ce genre de sub­stance se retrouve dans l’écosystème, même à des niveaux très bas, nous pouvons ressentir les effets sur nos corps, plus particulièrement dans le cas d’un fœtus en développement ou d’un jeune enfant, avertit Bruce Lourie. L’inquiétude, c’est qu’il ne faut qu’une très petite quantité pour obtenir un effet indésirable.»

Législature déficiente
Alors que les secteurs de l’alimentation et des médicaments sont bien encadrés par la loi, ce n’est pas le cas des cosmétiques et des produits de soins. «Ces catégories sont les moins bien réglementées et sont moins bien étiquetées. Il est donc très difficile de savoir quelssont leurs ingrédients», rappelle M. Lourie.

Dans les faits, les lois sur l’étiquetage n’exigent pas que les compagnies mentionnent tous les ingrédients d’un produit. Dans le cas d’un parfum, d’un rouge à lèvres ou même d’une crème pour le visage, les ingrédients ne doivent pas obligatoirement être divulgués. «C’est un gros problème, soutient l’environnementaliste. Nous ignorons carrément ce qui se retrouve dans ces produits.»

Conscience populaire
Avec la pléthore d’informations disponibles en ligne, les consommateurs peuvent maintenant savoir quels ingrédients se trouvent dans leurs produits de beauté. Des certifications ont également été créées pour les aider à séparer le bon grain de l’ivraie.

«De petites marques de niche font de vrais efforts pour être plus respectueuses de l’environnement, mais on voit aussi des multinationales comme Procter & Gamble et Avon commencer à se débarrasser volontairement des ingrédients les plus nocifs parce que leurs clients le demandent», se réjouit M. Lourie.

Pour une trousse épurée

  1. Simplifier
    Choisissez des produits ayant la liste d’ingrédients la plus courte possible et le moins de produits chimiques de synthèse.
  2. Le faire soi-même
    Certains produits de beauté sont faciles à fabriquer à la maison, comme les exfoliants à base de sucre ou de sel ou les huiles corporelles, en utilisant des ingrédients simples et biologiques.
  3. Chercher
    Puisque l’industrie des cosmétiques est très peu réglementée, faites vos propres recherches pour trouver les produits les plus sûrs possible. Les mentions «pur» et «naturel» n’étant pas réglementées, allez au-delà des formulations marketing et lisez bien les étiquettes.