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03:42 27 février 2020 | mise à jour le: 28 février 2020 à 08:31

Dior se rebelle contre les stéréotypes patriarcaux

Dior se rebelle contre les stéréotypes patriarcaux
Photo: Astrid Stawiarz/Getty Images for DioMaria Grazia Chiuri

Mardi dernier, pendant la Semaine de la mode de Paris, la créatrice italienne de Dior, Maria Grazia Chiuri, a traduit en défilé son journal intime d’adolescente, écrit en pleine libération de la femme, dans les années 1970.

Inspirée des années passées à l’atelier de couture de sa mère à Rome – où Maria voyait les femmes s’affirmerpar le biais des vêtements –, la collection a été présentée dans une installation imaginée par le collectif artistique Claire Fontaine. Les idées de la féministe italienne Carla Lonzi ont été transposées en inscriptions lumineuses.

Le podium est fait de pages du journal Le Monde collées sur le sol – une manière de rappeler que les combats amorcés il y a 50 ans sont toujours d’actualité.

Le mot «Consent» (consentement) a clignoté durant tout le défilé à l’esprit seventies, mais avec des proportions modernes, devant un parterre de célébrités, parmi lesquelles les actrices Demi Moore, Andy McDowell, Sigourney Weaver, l’avocate nicaraguayenne Bianca Jagger, les tops Cara Delavingne et Karlie Kloss, ainsi que la chanteuse et ex-première dame de France Carla Bruni.

D’autres moments clés du féminisme ont été mis au premier plan avec des slogans comme «Patriarchy kills love» (Le patriarcat tue l’amour), «Patriarchy = CO2», «When women strike, the world stops» (Quand les femmes font la grève, le monde s’arrête) ou «We are All Clitoridian Women» (Nous sommes toutes clitoridiennes).

Bandanas et bas à genoux chez Dior

«C’est une collection très personnelle. On se rend compte que toutes nos références se forment pendant l’adolescence. Ce qui m’a influencée en premier lieu, c’était la libération de la femme. Les femmes ont commencé à affirmer leur spécificité, leur capacité à être autre chose que des mères, des épouses, des filles; à avoir une personnalité ayant différents aspects», a déclaré Maria Grazia Chiuri dans une entrevue à l’AFP.

Une photo où on la voit poser à côté de sa mère (toutes deux portent un foulard en bandeau) a été une puissante inspiration de cette collection de prêt-à-porter automne-hiver 2020-2021 où les bandanas accompagnent les tailleurs près du corps, les ensembles cardigan-jupe longue transparente, minijupe-culotte avec poncho à carreaux blanc, noir rouille, les robes du soir…

Les bas à genoux que Maria Grazia porte sur cette photo se transforment en résille noire et dépassent les bottines lacées ou les chaussures Mary Jane. «Je ne voulais pas être nostalgique, je relis mon journal intime avec ma vision contemporaine», souligne la créatrice en ajoutant que ses références à cette époque ne se traduisent pas dans looks, mais dans l’attitude. «C’est une recherche que chaque femme doit faire individuellement, mais nous devons sensibiliser les femmes pour qu’elles s’habillent pour elles, par pour les autres ou un autre, et prennent leurs distances par rapport à l’idée stéréotypée de la beauté féminine».

Culture patriarcale omniprésente

Les chaussures plates, comme de grosses bottes en caoutchouc ou des mules ouvertes aux allures de chaussons d’intérieur, qui se portent avec des robes longues habillées sont là pour appuyer cette idée, souligne la créatrice.
Parmi les pièces à mixer comme bon nous semble, Dior propose ses célèbres vestes Bar cintrées, déclinées cette saison en maille ou en denim, des t-shirts sérigraphiés reprenant les slogans du décor, des pièces «sportswear» comme des parkas avec effet camouflage ou à franges. Les motifs «cool et intemporels», comme les pois ou les carreaux, ici à effet fumé beige ou vert, sont omniprésents et se mélangent. La silhouette est acérée et simplifiée visuellement, mais complexe du point de vue technique.

Après le défilé haute couture, il y a un mois, dans le ventre d’une déesse imaginé par l’artiste féministe américaine Judy Chicago avec des interrogations sur les rôles des hommes et des femmes, celui-ci reprend la réflexion chère à Maria Grazia Chiuri. Elle met en valeur l’autrice Carla Lonzi, peu connue ici, avec un regard contemporain sur le discours patriarcal qu’elle dénonçait. «Cette culture patriarcale est toujours très présente dans la mode», dénonce la styliste. «C’est notre rôle d’utiliser le côté populaire de la mode pour susciter la curiosité et des interrogations», dit-elle.

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