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19:49 20 octobre 2015 | mise à jour le: 20 octobre 2015 à 19:49 temps de lecture: 4 minutes

Dans l’œil de Jean-René Dufort

Dans l’œil de Jean-René Dufort
Photo: J.-R.dufort

Jean-René Dufort n’a toujours pas de compte Instagram, mais il fait de la photo depuis qu’il a 15 ans. Il vénère le noir et blanc, trouve que, «en photo, le laid est souvent très beau», et que l’inverse est aussi vrai. Il se tient loin des endroits touristiques. Et il vient de publier un livre de photographies prises surtout «ailleurs», sans que ce soit un «livre de voyage».

La distinction est importante, même si le lecteur y trouvera une façon de voyager par procuration, grâce aux scènes du quotidien plutôt qu’aux clichés de monuments. «Oui je fais des voyages, explique Jean-René Dufort, mais je fais tout le temps de la photo. Dans le livre, il y a quand même quelques photos faites ici. Le fait que ça soit des photos de voyage, c’est plus parce que c’est tough faire de la photo ici pour plusieurs raisons, et que je m’en sers beaucoup pour palper un lieu. Après ça, j’ai l’impression de beaucoup plus connaître la place et les gens.»

On est tous quelque part regroupe près de 150 photos prises par Jean-René Dufort au cours des 7 à 10 dernières années. Des photos disposées sans ordre («Ce n’est plus comme ça maintenant, mais tsé, quand t’avais ta boîte de photos, pis que tu sortais des affaires… J’aime ça», affirme l’animateur d’Infoman), qui passent du Japon à Israël, de Beijing à La Nouvelle-Orléans. Des photos surtout en noir et blanc. Surtout de personnes, seules dans un décor où l’architecture – Jean-René adore l’architecture – vaut le détour. D’où le titre. «Je me demande: “Comment ça que cette personne-là est là? Quessé qu’elle fait là?”»

Ce qu’elles font là, ces personnes, c’est parfois vendre des épis de maïs à Beijing. Ou attendre les honneurs du maire de Kiev quand on est un bataillon de l’armée ukrainienne. Ou pleurer au téléphone sa défaite en demi-finales contre les Alouettes quand on est une armoire à glace des Argonauts. «Avec cette photo, c’est là où j’ai eu le plus peur de me faire péter la gueule!» confie Jean-René Dufort, qui, autrement, affirme ne jamais s’attirer d’ennuis avec la photographie et être plutôt discret en captant ses images.

C’est en Asie que l’animateur a le plus de fun à prendre des photos. «On dirait que c’est génétique là-bas. De prendre des photos, mais aussi d’être dans les photos. Surtout en Chine. Personne ne s’énerve quand tu sors ton appareil. T’es à deux pouces de leur face, y’a rien qui change.»

«Quand je fais de la photo, j’essaie de me dire: “Je ne prendrai pas une photo tant que je ne serai pas raisonnablement convaincu qu’il n’existe pas 2 000 photos pareilles sur l’internet.” Sinon, je ne la prends pas.» – Jean-René Dufort

Les photos du livre sont toutes accompagnées de courts textes originaux. On reconnaît le côté taquin, incisif et très observateur de l’animateur. «Quand je me promène, dans une autre ville ou ailleurs, c’est quasiment – je vais dire un gros mot – c’est quasiment liturgique. J’aime ça respirer l’air d’ailleurs, voir comment les gens bougent. La vraie vie.»

À quand Jean-René Dufort, photoreporter? «Les gens sont étonnés de savoir que je fais de la photo. Mais je rêverais d’être envoyé pour ne faire que des reportages photo. De n’importe quelle sorte.»

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