Carrières
15:22 18 décembre 2013 | mise à jour le: 31 janvier 2014 à 13:42

Fonceuse hors pair

Fonceuse hors pair
Photo: Yves Provencher/Métro

Une fois par mois, Métro propose, en collaboration avec le projet Alliés Montréal de la Conférence régionale des élus de Montréal (CRÉ), des portraits inspirants de Montréalais issus de l’immigration qui témoignent de leur parcours et de leurs succès.

Elle ne fait jamais une seule chose à la fois et ne recule devant rien. Son CV est remarquable, son parcours inspirant. Au Québec, Souad Benali s’est forgé une place honorable à force de travail acharné.

Deux jours avant de quitter l’Algérie pour Montréal, en 2006, elle se marie. «Ce départ était un recommencement: nouveau pays, nouvelle vie, nouveau partenaire!» Elle laisse derrière elle un poste d’ingénieur en génie électrique et le centre de formation professionnelle qu’elle avait créé et dirigé durant trois ans.

Consciente de devoir «tout recommencer à zéro», Souad Benali fait profil bas et oublie son statut de cadre. Une fois amorcées les démarches pour obtenir une équivalence de diplôme et intégrer l’Ordre des ingénieurs du Québec, elle décroche un emploi d’adjointe administrative dans une firme d’ingénierie. «Je voulais me familiariser avec le marché de l’emploi.» Rapidement, elle découvre «ce que veut dire être surqualifiée!»

Avide de défis à sa hauteur, elle suit, à Polytechnique, le programme de préparation aux examens de l’Ordre des ingénieurs. Trente crédits et une équivalence plus tard, elle devient membre de son ordre professionnel. Nous sommes en 2008.

Quelques mois de bénévolat à la Régionale des ingénieurs de Montréal (RIM) lui suffisent à se faire nommer présidente du comité des femmes. Honorée de ce titre, elle se donne sans relâche. «Je voulais remercier ma profession.» C’est aussi dans sa nature de foncer. «Je n’aime pas attendre. J’ai compris que je devais aller chercher ma réussite.»

Trouver un premier emploi d’ingénieure s’avère ardu : son manque d’expérience au Québec fait obstacle. Très impliquée à la RIM — dont elle deviendra par la suite vice-présidente puis présidente —, elle s’inscrit à l’Université de Sherbrooke en maîtrise de la gestion de l’ingénierie. «C’est la meilleure chose que j’ai faite. Ça a été une bonne porte pour apprendre, et trouver du travail.»

En 2011, Electrolux, alors proche d’annoncer sa fermeture, la recrute. «Le malheur des uns fait le bonheur des autres: j’ai choisi cette entreprise parce que je savais qu’elle allait fermer! J’ai pensé qu’on serait donc moins regardant sur mon manque d’expérience ici.» Elle voit juste. Et ne se laisse aucunement abattre par la fermeture annoncée. Elle est rapidement nommée gérante de l’équipe qualité, avec une trentaine de personnes sous sa responsabilité. «Les gens avaient le moral à plat. J’ai apporté une nouvelle approche, motivé l’équipe. Les chiffres de la qualité ont été les meilleurs de toute l’histoire d’Electrolux!»

Depuis mars 2013, Souad Benali est gestionnaire de projets chez Paradox. Installée maintenant en banlieue de Montréal, elle a dû renoncer à ses engagements à la RIM. Ça laisse un vide, mais elle voit davantage ses deux filles. Nées au Québec, alors qu’elle passait les examens de l’Ordre des ingénieurs, étudiait, recherchait un emploi. Alors qu’elle donnait aussi bénévolement des cours de mathématiques à des décrocheurs du secondaire.

Celle qui vient «d’un pays où on ne dit pas “je”, où se mettre de l’avant est un manque de modestie» s’est poussée pour casser cette barrière. C’est le message qu’elle envoie aux nouveaux arrivants : «Informez-vous, et vendez-vous!»

L’émission de Radio-Canada International Tam-Tam Canada a produit une version radio de ce reportage. Réalisé par la journaliste Anne-Marie Yvon ce dernier est disponible sur le site de RCI.