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18:39 29 avril 2014 | mise à jour le: 17 décembre 2014 à 15:50 temps de lecture: 3 minutes

Illettrés universitaires

Illettrés universitaires
Photo: collaboration spéciale

Environ 18% des diplômés universitaires sont toujours illettrés, soit à peu près le même pourcentage que ceux qui sont confinés à des emplois peu qualifiés. Coïncidence?

Au Québec, près d’un diplômé universitaire sur cinq (18%) ne possède pas les compétences nécessaires pour lire un journal ou comprendre la signification des chiffres dans un simple tableau.

C’est ce que révèle le Programme d’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) de l’Organisation de coopération et de développement économiques. Les résultats pour le Québec de cette étude internationale ont été révélés la semaine dernière par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), lors d’un colloque sur la surqualification des diplômés.

Ces diplômés universitaires ne savent donc ni lire ni compter ou, du moins, leurs capacités sont si pauvres qu’ils ne peuvent pas comprendre les informations nécessaires à un citoyen et à un travailleur pour fonctionner dans une société complexe comme la nôtre.

Alors que les universités nous disent sans cesse que l’économie de demain exigera plus de diplômés bien formés, ce chiffre laisse pour le moins songeur. Comment est-il possible de terminer des études universitaires tout en étant illettré? Plusieurs experts pensent que la réponse réside dans les pratiques d’évaluation.

Depuis les années 1990, les étudiants sont traités par les universités comme des clients plutôt que comme des jeunes dont on doit faciliter le développement. Cette politique met les professeurs dans une situation impossible quand vient le moment d’évaluer les travaux. En effet, les jeunes «clients» s’attendent à toujours recevoir de bonnes notes, car ils ont l’impression que c’est ce que leurs droits de scolarité leur ont acheté. Lorsqu’un professeur évalue de mauvais travaux à leur juste valeur, il peut donc s’attendre à une nuée de plaintes et de réquisitions.

Pour acheter la paix et éviter les ennuis, les professeurs en viennent donc à donner plus ou moins une bonne note à tout le monde. C’est ce qui rend possible à bien des étudiants qui n’ont pas acquis les préalables nécessaires à un cours de le compléter tout de même avec succès. Comme cette pratique est également commune au secondaire et au collégial, même les illettrés peuvent réussir à obtenir un diplôme universitaire.

Tous les professeurs d’université n’évaluent pas de cette façon, évidemment. Dans les domaines des sciences naturelles, du génie et de la santé, les pratiques d’évaluation sont encore très rigoureuses, car on sait qu’autrement, les jeunes diplômés ne seront pas prêts pour leurs nouvelles fonctions sur le marché du travail. Les universités font donc un bon travail quand il s’agit de qualifier ces diplômés pour l’emploi. Mais pour les 18% d’illettrés universitaires, l’arrivée sur le marché du travail ne peut qu’être rude, surtout si les débouchés de la formation sont ambigus.

D’ailleurs, tel que mentionné dans la chronique précédente, le pourcentage de jeunes diplômés qui occupent des emplois n’exigeant pas d’études universitaires est également de 18 %. Faut-il y voir plus qu’une coïncidence?